Critique : Prisoners – La chasse

Affiche du film Prisoners de Denis Villeneuve sur lequel nous voyons les portraits de Hugh Jackman et Jake Gyllenhaal devant un fond très sombre. Au centre de l'affiche, nous voyons une photo de Hugh Jackman portant sa fille sur ses épaules.

On l’attendait depuis longtemps, ce thriller gris qui succéderait à Seven, Mystic River ou encore Zodiac. S’ils n’ont pas grand-chose en commun dans le scénario, ces œuvres réussissent toutes à distiller une ambiance poisseuse qui prend le spectateur aux tripes. Comme lorsqu’il va voir un film d’horreur, ce dernier prend plaisir à torturer son esprit, à dénouer une intrigue complexe tout en étant bouleversé par des questionnements moraux. Le cinéma de genre est l’outil parfait pour exposer sa créativité tout en l’accordant avec son point de vue sur des sujets universels. Denis Villeneuve vient de le prouver avec Prisoners.

Porté par Hugh Jackman et Jake Gyllenhaal, le long métrage nous présente le premier dans un rôle de père de famille qui perd les pédales lors de la disparition de sa fille. Jugeant inefficace le travail de la police représentée par le second, Jackman décide de mener l’enquête seul et fait tout pour retrouver son enfant et son kidnappeur.

Prisoners est un film divisé en plusieurs actes. Chacun des chapitres est une avancée dans l’enquête et le fait que le récit soit concentré sur quelques jours rend le résultat encore plus intense. A chaque nouvelle journée, la pression est accentuée au même titre que le sentiment d’étouffement, car le spectateur est conscient que chaque minute est importante pour l’enfant. Villeneuve réussit à créer le malaise grâce à cette idée d’urgence qu’il maîtrise parfaitement.

Nous entrons dans un Boston noir et glacial pour y suivre la chute d’un Monsieur tout le monde dans l’animosité. La perte d’un enfant est probablement l’une des pires choses qui puisse arriver. Denis Villeneuve le sait et amène les réactions d’un personnage civilisé qui va basculer peu à peu dans la barbarie avec brio. Villeneuve a l’intelligence de ne pas cautionner ses actes et ne tombe jamais dans un propos réactionnaire, bien au contraire. En revanche, il n’exclut pas l’empathie que l’on peut avoir pour lui. Jackman est un individu prévoyant qui subit une situation imprévisible. Il doit donc prendre des décisions impossibles et oublier les notions de bien et de mal.

Photo de Jake Gyllenhaal dans le film Prisoners de Denis Villeneuve. L'acteur attend assis dans une grande pièce et observe une feuille qu'il tient dans ses mains.

Cet aspect primitif est renforcé par l’autre protagoniste principal, un flic torturé et impulsif qui n’a plus que son job pour survivre. Obsédé par l’enquête, il commet à de multiples reprises des erreurs irréparables. Prisoners est une belle exploration de la noirceur humaine, fataliste et réaliste. Si le twist final a déçu certaines personnes, il est à nos yeux une conclusion géniale et cohérente avec le propos principal. Le long métrage n’est pas un chef d’œuvre mais il reprend parfaitement les codes du genre, magnifiés par un script solide et une réalisation sans faille. On saluera le travail de Roger Deakins, le directeur de la photographie des frères Coen qui fait ici un travail remarquable. Si l’on ressort de la salle aussi barbouillés, c’est en grande partie grâce à lui.

Mais ce que l’on retiendra avant tout de Prisoners, ce sont ses performances d’acteurs. Hugh Jackman n’avait pas trouvé de rôle aussi intéressant depuis Le Prestige et après plusieurs œuvres décevantes, il se réveille et l’on espère qu’il saura retrouver par la suite de telles opportunités. Le plus impressionnant reste Jake Gyllenhaal, comédien complet qui aurait pu facilement tomber dans la caricature du flic nerveux et bourré de tics. Cependant, il met tellement bien en avant ses fêlures qu’il parvient à se débarrasser de tous les stéréotypes. Côté seconds rôles, c’est impeccable et l’on se souviendra de Paul Dano et Terrence Howard, deux protagonistes faibles qui n’ont pas la force brute des deux héros et qui vont, chacun à leur manière, en être victimes.

Prisoners marquera sûrement son temps et est déjà reconnu par beaucoup de critiques comme un futur classique. Un statut qu’il mérite amplement car il y a bien longtemps que l’on avait pas eu autant envie de démêler une enquête et de trouver les solutions à une énigme qui ne nous aura laissé aucun répit.

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