Critique : Rosalie Blum – Les émotifs anonymes

Affiche du film Rosalie Blum réalisé par Julien Rappeneau. L'affiche évoque un mur sur le quel sont posés de nombreux tableaux, dans lesquels nous pouvons voir les photos des principaux personnages.

Héritier du salon de coiffure de son père situé dans le centre de Nevers, Vincent Machot est un trentenaire qui s’ennuie. Etouffé par une mère castratrice qui est également sa voisine et rarement surpris par son quotidien qu’il connaît sur le bout des doigts, Vincent éprouve le besoin urgent de sortir de sa routine.

En se rendant par hasard dans une épicerie, Vincent fait la rencontre de Rosalie Blum, une gérante discrète qu’il a l’impression d’avoir déjà vue. Il décide alors de la suivre. Si le spectateur ne peut pas prendre le héros pour un déséquilibré tant il est sympathique et maladroit, ses piètres talents de détective vont rapidement éveiller le doute chez la mystérieuse Rosalie Blum.

Jouer sur les premières impressions est l’une des nombreuses qualités du premier film de Julien Rappeneau en tant que réalisateur. Vincent espionne Rosalie, Rosalie espionne Vincent… L’énigme qui entoure l’épicière a finalement moins d’importance que le jeu mené par les personnages. Dans un premier temps, c’est l’investissement de Vincent et son attachement progressif à Rosalie qui nous captivent. Puis les rôles s’inversent et nous découvrons Aude, la nièce de Rosalie qui enquête de son côté. Le public délaisse alors le coiffeur pour mieux se rapprocher d’elles. Scindé en trois parties, Rosalie Blum nous immerge dans l’intimité et les pensées de trois protagonistes attachants mais aussi dans le regard que les autres portent sur eux.

Photo du film Rosalie Blum réalisé par Julien Rappeneau. Nous y voyons la comédienne Noémie Lvovsky face à l'objectif, en train de marcher dans la rue.

En ne traitant pas son récit de manière chronologique, Julien Rappeneau se focalise sur le développement du trio. La mise en scène met en valeur des personnages qui ont envie de nouveauté et que le destin, ou le hasard, vont lier. Avant même qu’ils ne se parlent, le spectateur connait leurs points communs mais aussi leurs traits de caractère singuliers.

La relation entre une mère et son enfant est l’un des thèmes centraux de l’œuvre mais elle n’est jamais prétexte à une avalanche de bons sentiments ou une recherche de compassion. S’ils sont un obstacle, ces rapports familiaux sont utilisés comme un élément de rapprochement pour les trois protagonistes seuls et renfermés. Rosalie Blum est un long métrage qui s’intéresse à la famille que l’on se crée et non à celle que l’on est susceptible de perdre. L’optimisme qui se dégage du scénario n’enlève en rien sa gravité mais provoque l’espoir chez le spectateur, qui a du mal à laisser les personnages continuer leur joli parcours une fois le film terminé.

Photo du film Rosalie Blum réalisé par Julien Rappeneau. Les comédiens Alice Isaaz et Kyan Kohjandi sont assis sur un banc sous la neige et discutent.

En jouant sans cesse sur le mystère dégagé par l’inconnu, Julien Rappeneau donne du rythme et apporte de la légèreté à un récit qui aurait pu être construit comme un thriller ou un drame. Au lieu de se focaliser sur un registre, Rappeneau alterne les tons. Le cinéaste préfère se concentrer sur l’empathie et la complicité que dégage le trio plutôt que de miser sur la force des révélations. Grâce aux personnages secondaires, le jeune réalisateur crée de nombreuses situations comiques durant les enquêtes où la fuite face à la confrontation est généralement le maître-mot.

Les personnages de Rosalie Blum sont simples et touchants, à l’image du film. Porté par un casting parfait, le long métrage révèle la maîtrise formelle de Julien Rappeneau, qui s’est approprié le roman graphique de Camille Jourdy sans se limiter à un exercice de transposition. Le cinéaste a réussi à créer des ambiances tour à tour austères et chaleureuses en cohérence avec les états d’esprit de cette galerie d’individus qui ne méritait pas moins que ça.

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