Critique : Royal Affair – Les temps qui changent

Affiche du film Royal Affair de Nikolaj Arcel. Mads Mikkelsen et Alicia Vikander dansent au milieu de la cour royale et s'échangent un regard complice.

Scénariste talentueux, Nikolaj Arcel s’est fait connaître auprès du grand public en 2009 avec la sortie du Millenium de Niels Arden Oplev. Revenu sur le devant de la scène l’année dernière avec les deux polars réussis des Enquêtes du département V pour lesquels il a signé les scripts, Arcel s’était aussi fait vivement remarqué en 2012 avec Royal Affair, un drame sentimental qui revient sur un épisode phare de l’histoire du Danemark.

Si Royal Affair est bien loin du genre qui a popularisé l’auteur, on y retrouve la même épaisseur qui caractérisait les personnages de Millenium et des Enquêtes du département V. Le film revient sur la vie de Johann Struensse, qui fut le médecin du roi Christian VII avant de devenir conseiller d’Etat et d’imposer de nombreuses réformes dans le pays. Struensse eut une liaison avec la reine Caroline-Mathilde qui brisa sa relation d’amitié avec le roi et signa sa perte.

Difficile d’adapter un pan de l’histoire à l’écran, encore plus lorsqu’il s’agit d’une liaison secrète. A l’instar des nombreuses adaptations d’Anna Karenine, de La Princesse de Montpensier ou encore The Duchess, Royal Affair s’attarde sur l’amour impossible entre deux membres de la haute société. S’il ne se démarque pas par sa mise en scène conventionnelle mais adaptée au récit, le long métrage surprend par sa narration, notamment lorsqu’il dévoile les débuts de la passion dévastatrice.

Photo du film Royal Affair. Mads Mikkelsen et Alicia Vikander sont assis côte à côte dans un bois et discutent.

Adepte de la philosophie des Lumières, Struensse est un personnage subtil et intelligent qui vit en marge de la haute société. Lorsqu’il se rapproche du roi, le médecin fait preuve d’une capacité d’observation impressionnante et l’on en vient même à comprendre le roi Christian VII, victime d’un destin bien trop lourd pour ses épaules et en proie à des crises d’hystérie. A travers le regard de Struensse, nous découvrons un monarque tantôt enfantin, tantôt capricieux mais dont les crises de folie sont toujours compréhensibles. Incapable de s’adapter à l’hypocrisie de son milieu et aux problématiques politiques, Christian trouve en Struensse un compagnon de beuverie mais surtout un conseiller aux idées innovantes. L’anticonformisme du médecin effraie les membres du conseil mais rassure le roi. La première partie de Royal Affair est donc un récit d’amitié passionnant où l’on découvre, à travers l’empathie du personnage principal, l’influence de philosophes comme Diderot et le rayonnement des écrits des Lumière à travers l’Europe malgré la censure.

Viennent ensuite les premiers échanges avec la reine Caroline-Mathilde, qui se retrouve dans les idées de Struensse. Si ce dernier avait réussi à rétablir un certain équilibre au sein du couple royal, il sera par la suite ruiné par la relation qu’il entretient avec la reine. Arcel donne un ton beaucoup plus lyrique lors d’une scène de bal ou durant une discussion dans les jardins du château et met en avant l’élégance de ses deux comédiens principaux, Mads Mikkelsen et Alicia Vikander. On redoutait une romance mielleuse mais le cinéaste évoque l’impossibilité des rapports amoureux en se concentrant sur les retombées auprès du roi mais aussi de l’ancien conseil d’Etat qui fera tout pour faire tomber le vil bras droit de Christian VII.

Si le rythme baisse dans la deuxième partie et que certaines séquences romantiques ne parviennent pas à sortir du lot, Arcel nous intrigue jusque dans la conclusion grâce aux conséquences politiques et aux efforts mis en œuvre par Struensse pour changer la situation de son pays. Lorsqu’il dévoile la perversité d’un milieu cloisonné, Arcel n’a pas la même puissance que Kubrick mais ses comédiens, l’impeccable reconstitution et son scénario suffisent à nous immerger dans une période chaotique mais charnière du Danemark.

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