Critique : Santiago, Italia – La chute

Affiche de Santiago, Italia, sur laquelle le réalisateur contemple de haut la ville de Santiago avec au loin, les sommets enneigés des Andes.

Trois ans après le somptueux Mia Madre, Nanni Moretti a sorti en début d’année Santiago, Italia, documentaire sur le coup d’État militaire du général Pinochet organisé au Chili. En convoquant de nombreux militants et soutiens du président Salvador Allende, ainsi que des militaires chiliens, le cinéaste s’intéresse à cette page cruciale de l’histoire du pays, et aux efforts que l’Italie a mis en œuvre pour accueillir des réfugiés.

Avec ce film, le réalisateur rappelle ainsi l’engagement du gouvernement et du peuple italiens envers des personnes cherchant à fuir l’effondrement d’un pays. Cela lui permet de dire ce qu’il pense de la situation politique actuelle en Italie, en mettant notamment en lumière la gratitude des Chiliens ayant réussi à échapper à la dictature.

Photo d'une image d'archive tirée du documentaire "Santiago, Italia", sur laquelle on peut voir l'ambassade d'Italie accueillant des dissidents après le coup d'État militaire de 1973.

Ce propos prend une ampleur considérable grâce à la scission du documentaire en plusieurs chapitres, qui vont de la joie provoquée par l’élection de Salvador Allende à l’arrivée des dissidents en Italie. L’émotion se fait sentir dès que les partisans évoquent le bouleversement social apporté par le président chilien, et se renforce lorsqu’ils racontent le coup d’État du 11 septembre 1973. Ils se souviennent ensuite de l’incertitude qui régnait dans les rues de Santiago à cette période, de la peur de mourir, du camp de prisonniers qu’est devenu le Stade national de la capitale et des tortures que certains ont subies.

Si les réactions face caméra filmées par Nanni Moretti sont suffisamment parlantes, le regret de ne pouvoir accéder à davantage d’images d’archives se fait parfois sentir. Ces dernières sont toujours puissantes et particulièrement évocatrices de la gravité des faits en train de se jouer. Que ce soit lors du bombardement de la Moneda, le palais présidentiel, ou de la découverte du corps d’une révolutionnaire lancé par-dessus les murs de l’ambassade d’Italie, qui accueillait les réfugiés, le spectateur est soufflé aussi bien par les vidéos d’époque que par les prises de parole.

Photo tirée du documentaire "Santiago, Italia", sur laquelle Nanni Moretti échange avec un ancien militaire chilien emprisonné.

Nanni Moretti donne donc son point de vue sur l’Italie contemporaine et son discours n’a nullement besoin d’être prononcé tant les images, l’orientation de ses questions et la pertinence des témoignages parlent pour lui. Le réalisateur ne masque à aucun moment son opinion, comme il le rappelle à un militaire emprisonné qui lui demande d’être impartial, ce qu’il refuse. Documentaire qui sonne comme une piqûre de rappel, Santiago, Italia jette un regard passionnant sur le passé pour éviter la désillusion bornée.

Santiago, Italia est disponible en DVD.

Ce contenu a été publié dans Critiques. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.