Critique : Secret d’Etat – Des hommes d’influence

 Affiche de Secret d'Etat. Nous y voyons le visage de Jeremy Renner en noir et blanc. Dans ses lunettes de soleil, nous voyons la Maison Blanche.

Entre deux épisodes d’Avengers, Jeremy Renner laisse tomber les blockbusters pour des rôles plus conséquents que celui d’Hawkeye (The Immigrant, American Bluff), personnage intéressant mais quelque peu mis de côté de l’équipe de super-héros. Avec Secret d’Etat, il retrouve Michael Cuesta (12 and holding) et entre dans la peau d’un reporter déterminé qui va connaître une véritable descente en enfer.

Il y interprète Gary Webb, le premier journaliste à avoir dénoncé l’implication de la CIA dans le trafic de drogue aux Etats Unis. Scindé en deux parties, le long métrage nous emmène d’abord dans l’enquête de Webb, partagée entre le Nicaragua, Washington et Los Angeles, et la découverte d’un complot qui lui coûtera  la vie, puisqu’on l’a retrouvé mort à son domicile en 2004 avec deux balles dans la tête. Jusqu’à la rédaction de l’article réquisitoire, Secret d’Etat est passionnant, nous captive autant que certains films des années 70 (Les Hommes du Président) et rappelle également l’excellent Jeux de pouvoir, le dernier grand thriller sur le journalisme.

Mais Secret d’Etat fait encore plus fort dans un deuxième acte centré sur la chute de Webb, qui arrive peu de temps après sa courte gloire. Un individu peut-il tenir seul face à un gouvernement ? La réponse est évidente et Cuesta s’applique à mettre en scène l’effondrement d’un homme qui va peu à peu perdre son honneur, son emploi et sa famille. Epié dans ses moindres faits et gestes, Webb vit un calvaire que le réalisateur fait ressentir à son spectateur sans tomber dans l’exagération. La paranoïa s’installe mais le reporter n’est jamais menacé ou confronté directement à la violence. Secret d’Etat est avant tout une œuvre sur la destruction sociale d’un individu auquel il est impossible d’acheter le silence.

Photo de Jeremy Renner dans le film Secret d'Etat. L'acteur est pris de profil en train d'observer et de marquer une carte.

Le plus réussi dans cette seconde partie, ce sont les regards que portent les autres sur Webb. On retiendra les séquences qui amènent à sa démission ou encore sa rencontre avec des agents du gouvernement, qui nous font comprendre le danger et la désillusion auquel est confronté Webb à travers des dialogues subtils et une interprétation magistrale. D’une sobriété impériale, Jeremy Renner n’est pas sans nous rappeler un certain Robert Redford (Les trois jours du Condor), réussissant à allier une attitude cool à une méfiance permanente. Le comédien trouve son meilleur rôle depuis Démineurs et prouve qu’il est bien plus que le second couteau flegmatique des blockbusters familiaux. Entouré par des habitués du genre venus nous faire un coucou (Ray Liotta, Robert Patrick, Andy Garcia), il est solidement épaulé par les seconds rôles, à commencer par Rosemary Dewitt (Promised Land) et Michael Kenneth Williams (The Wire), le légendaire Omar Little, à nouveau dans la peau d’un criminel puisqu’il interprète Ricky Ross, redoutable gangster qui s’est fait usurpé son nom par un certain rappeur.

Michael Cuesta rend clairement hommage à l’intégrité de ce journaliste et aux retombées de son travail sans l’ériger en héros et sans diaboliser le gouvernement. C’est d’ailleurs ce qui rend le long métrage encore plus efficace et effrayant. A l’inverse d’œuvres comme Ennemi d’Etat ou Complots, Secret d’Etat opte pour une approche anti-spectaculaire où l’ennemi est présent mais invisible et où toutes ses actions ne sont jamais démontrables. Grâce à ce choix, Secret d’Etat se rapproche plutôt du génial Conversation Secrète de Coppola. Si Cuesta n’a pas le talent de ce dernier pour nous exposer les névroses et les obsessions de son personnage principal, son film n’en demeure pas moins un portrait réussi d’un homme confronté à une affaire qui le dépasse. Thriller politique sans prétention, Secret d’Etat est à l’instar de Nightcall une jolie surprise de fin d’année qui met en avant les dérives d’un métier loin d’être de tout repos.

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