Critique : Sin City, J’ai tué pour elle – Mauvaise blague

Affiche du film Sin City - J'ai tué pour elle de Robert Rodriguez et Frank Miller. L'affiche reprend les mêmes codes que l'épisode précédent, à savoir un photo de chaque personnage sur un fond en noir et blanc pluvieux.

Après le terrible Machete Kills, Robert Rodriguez s’attaque à la suite d’un autre de ses films, Sin City. Toujours accompagné du créateur de la BD Frank Miller, Rodriguez reprend les mêmes ingrédients que le premier opus pour J’ai tué pour elle. Malheureusement, tous les éléments qui faisaient le charme du précédent tombent à l’eau dans cet épisode sans saveur qui a le profil parfait d’un DTV.

Sin City était une adaptation extrêmement fidèle, pour ne pas dire dénuée d’originalité. Malgré le parti-pris de retranscrire les cases du roman graphique à l’écran de manière identique, l’univers restait fascinant et le portrait de personnages perdus dans la ville du péché très réussi. Dans J’ai tué pour elle, le fait d’adapter plusieurs tomes de l’œuvre colossale de Miller est repris. Malheureusement, les histoires s’entremêlent de façon assez embarrassante et l’on en vient à se demander si elles avaient vraiment leur place dans le long métrage.

On pense notamment à la séquence d’ouverture, dans laquelle Marv n’arrive plus à se souvenir de sa soirée. Cette courte nouvelle, tirée du recueil Des filles et des flingues, fait donc office d’introduction. Censée reprendre la mécanique du premier opus en « ressuscitant » un personnage que l’on adore, elle s’avère finalement maladroite, sans but et n’est que l’un des chapitres présents pour combler le vide de J’ai tué pour elle.

L’autre énorme déception vient de la partie mettant en scène Joseph Gordon-Levitt, un joueur fou qui va regretter de s’être frotté au sénateur Roark (Powers Boothe) lors d’une séance de poker. Au lieu de nous concocter une partie tendue et de montrer le sang froid du sénateur face à la confiance du jeune façon Le Kid de Cincinatti, les cinéastes enchainent les plans clinquants mais jamais créatifs, à l’image de la manipulation des cartes par Gordon-Levitt ou l’autosuffisance de Roark dans sa manière de fumer continuellement son cigare.

Photo de Marv dans le film Sin City : J'ai Tué Pour Elle. Le héros est sur sa moto, face à l'objectif.

J’ai tué pour elle est un film bling-bling sans finalité qui veut seulement avoir de la gueule. Cela se ressent parfaitement avec le traitement de Marv. Dans Sin City, ce dernier était un tueur impitoyable et barbare qui transpirait la mélancolie et la noirceur. Ici, toute cette profondeur a disparu et Mickey Rourke est uniquement employé pour jouer le bovin briseur de nuques. Les séquences durant lesquelles il part aider Dwight et Nancy, deux autres revenants du premier épisode, sont un énorme gâchis et la preuve que Rodriguez cache son manque d’idées et son incapacité à filmer l’action à travers des plans faussement cools.

Toute l’intensité du précédent long métrage a disparu, au même titre que l’humour noir et la sensibilité des criminels. La relation de Dwight et Gail n’a plus aucun intérêt et leur passion est inexistante. Rosario Dawson, tout comme Mickey Rourke et Jessica Alba, tombe dans l’auto parodie. Le seul à trouver sa place dans ce fouillis est Josh Brolin, le remplaçant de Clive Owen.

Frank Miller et Robert Rodriguez profitent du statut d’œuvre culte du premier, feignent la nouveauté en utilisant la 3D et en s’entourant d’un casting prestigieux qui mérite bien plus que ce défilé laid et grotesque. Les réalisateurs s’imposent en grands cyniques, nous font croire qu’ils n’ont rien perdu de leur maîtrise à l’aide d’effets vulgaires. Il n’y a qu’à essayer de se rappeler des poursuites en voiture ou des combats. Ils ne sont jamais présents, toujours camouflés par un effet de style grandiloquent à l’image des plans entièrement dessinés ou de l’ajout de la couleur.

Robert Rodriguez est un cinéaste paresseux et beauf qui cache son manque de talent derrière une démarche soi-disant fun qui n’amuse que lui et ses potes. Après Machete Kills, le réalisateur nous offre un nouveau nanar de luxe qui a autant sa place au cinéma que Bob L’éponge 2.

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