Critique : Split – American Psycho

Affiche de Split où James McAvoy apparaît avec un air extrêmement sombre devant un fond noir et derrière du verre brisé.

Kevin a déjà révélé 23 personnalités. Il tente de les faire cohabiter avec l’aide bienveillante de la docteure Fletcher. Lorsqu’il annonce à sa psychiatre qu’une 24ème personne est sur le point d’arriver et de prendre le contrôle de toutes les autres, Kevin lui cache en revanche le plan machiavélique qu’il est en train d’exécuter et qui a commencé avec le kidnapping de trois adolescentes.

Avant même que le générique d’ouverture ne soit lancé dans Split, M. Night Shyamalan a déjà révélé au spectateur la nature de certains protagonistes principaux. La jeune Casey préfère l’ingéniosité à la panique et garde son sang froid lorsque débarque dans la voiture Dennis, l’une des personnalités de Kevin déterminée à l’enlever.

Shyamalan déploie sa tension dans un lieu clôt et ne présente pas Kevin de façon caricaturale ou trop effrayante, laissant présager que le personnage a encore énormément à dévoiler. Atteint de trouble dissociatif de l’identité, Kevin est un individu que le réalisateur ne rend pas inquiétant gratuitement, évitant de jouer avec les différentes personnalités dans le but de dérouler un basique cahier des charges horrifique. La peur dans la première partie est provoquée par les discussions avec la thérapeute mais également par celles avec Casey, héroïne qui tente de manipuler Kevin pour s’échapper.

Photo de James McAvoy dans la peau de Patricia, l'une de ses 23 personnalités dans Split de M. Night Shyamalan. Patricia fait face à d'autres protagonistes dans des souterrains.

Alors que les couloirs où le kidnappeur enferme ses victimes paraissent labyrinthiques dans les premières minutes, ils finissent par rétrécir à mesure que ses personnalités se dévoilent. Docteure Fletcher permet au réalisateur d’aborder des questions sur le contrôle du corps par l’esprit, expliquant ainsi la transformation évoquée par certaines des identités comme Patricia et Hedwig qui annoncent l’arrivée d’une bête imposante et massive. Sans même savoir si nous la verrons à l’écran, la créature décrite dans Split devient très rapidement concrète pour le spectateur. Les faits scientifiques alimentent ainsi le récit fantastique concocté par le cinéaste et provoquent une véritable empathie pour le personnage.

Split est avant tout une série B ultra efficace, où le rythme ne faiblit pas et le choix des cadres est pertinent, que ce soit chez le cabinet de la docteure Fletcher, dans la prison souterraine de Kevin ou dans les rues sombres de Philadelphie. Avec ces différents lieux, Shyamalan prend le temps de créer un monstre, une sorte de légende menaçante tout droit sortie d’un conte comme c’était le cas dans le sous-estimé La jeune fille de l’eau. Le pouvoir de l’allégorie sur l’imaginaire est toujours présent et engendre un plus grand suspense dans Split que la plupart des situations.

Photo d'Anya Taylor-Joy dans Split de M. Night Shyamalan courant dans des couloirs souterrains.

Lorsque le dénouement arrive, Shyamalan a donné suffisamment de clés au public pour qu’il comprenne Kevin et voit clairement la difficulté pour ses personnalités à coexister et garder un équilibre. Patricia, Hedwig, Dennis et les vingt autres personnes sont malmenés par Claire, qui affronte des souvenirs refoulés alors qu’elle fait tout pour trouver une échappatoire. En trouvant de nouvelles armes pour déstabiliser Kevin, Casey fait remonter les traumatismes de son kidnappeur et s’impose ainsi comme une rivale de taille.

La dernière phrase qu’ils s’échangent symbolise aussi bien leurs points communs que leurs différences. Avec le twist final, ce dialogue rappelle que Shyamalan continue de créer sa propre mythologie dans un univers où les affrontements symboliques semblent loin d’être terminés. Porté par les incroyables Anya Taylor-Joy et James McAvoy, Split renoue avec l’humour noir de The Visit mais propose une réflexion sur les liens familiaux bien plus fataliste à travers ses deux protagonistes brisés. L’espoir constamment présent dans la filmographie du cinéaste est néanmoins visible, prononcé à demi-mot comme pour signifier que ce génial conteur est loin d’en avoir fini avec ses fables.

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