Critique : Spy – Fury

Affiche de Spy de Paul Feig. Melissa McCarthy tente de s'imposer entre Jason Statham et Jude Law, qui affichent un bel air d'espion.

Troisième collaboration entre Paul Feig et Melissa McCarthy, Spy se révèle, au même titre que Les flingueuses pour le buddy movie, une relecture savoureuse du film d’espionnage. Après quelques comédies inoffensives où l’on trouvait toujours quelques séquences réjouissantes (Tammy), Melissa McCarthy retrouve son réalisateur fétiche. Elle signe dans leur nouveau long métrage une composition mémorable bien plus riche et nuancée que ce qu’en ont dit certains critiques toujours très fins lorsqu’il s’agit de dénoncer la lourdeur de l’entreprise et de la comédienne.

Difficile de rendre hommage à un genre tout en tournant en dérision tous ses stéréotypes. John McTiernan et James Cameron avaient placé la barre très haut dans les années 90 avec Last Action Hero et True Lies. Récemment, Hot Fuzz, Very Bad Cops et la saga 21 Jump Street ont brillamment repris le flambeau et n’ont eu aucun mal à nous faire oublier R.I.P.D, Red 2 ainsi que tous les ersatz de Mr & Mrs Smith.

Spy n’atteint jamais le niveau des réussites précitées. En revanche, grâce au traitement des personnages et surtout au numéro de McCarthy, le long métrage est rempli de scènes hilarantes parfois perdues au milieu d’un scénario cafouilleux. McCarthy n’est plus le sidekick populaire comme Zach Galifianakis l’était dans Very Bad Trip et Spy repose entièrement sur ses épaules. Inépuisable, l’actrice est parfaite lorsqu’il s’agit d’improviser et l’étendue de ses blagues est bien plus vaste que le simple fait de jouer de son physique. Feig se réapproprie les codes du film d’espionnage et crée une héroïne à la capacité d’adaptation impressionnante. Il s’agit là du propre de l’espion mais le cinéaste allie ce trait de caractère à la candeur et la vulgarité de McCarthy et nous offre un personnage totalement imprévisible, tour à tour quarantenaire en pleine remise en question et redoutable sociopathe experte en combats rapprochés. Il ne manquait plus qu’un brin de folie dans les rebondissements malheureusement trop conventionnels pour faire de Spy une réussite à tous les niveaux.

Photo de Melissa McCarthy et Jason Statham dans le film Spy de Paul Feig. Postichés dans une boîte de nuit, les deux espions viennent de repérer leur cible.

Feig ne laisse finalement que peu de place aux personnages secondaires mais il s’amuse à détruire la figure badass auquel le spectateur est habitué, aidé par un Jason Statham au regard plus halluciné que jamais. A chaque dialogue, ce dernier provoque un fou rire et n’hésite pas à ironiser sur sa carrière et sur les rôles qui ont fait sa renommée, à commencer par ceux d’Hyper Tension, Revolver, 13 et Le Transporteur. Il en va de même pour Jude Law qui campe un espion stupide très proche de l’excellent OSS 117. Ultra référencé, Spy se moque gentiment du film d’espionnage tout en respectant ses axes narratifs et ses enjeux. On aurait aimé que le long métrage se rapproche davantage d’une série comme American Dad et fasse preuve d’un peu plus de férocité. Cette retenue se ressent également à travers la mise en scène bourrée d’effets de style à l’instar de Kingsman mais Feig n’a pas la virtuosité de Matthew Vaughn. Le découpage est souvent maladroit et les transitions sont laborieuses mais ce n’est évidemment pas pour ça que nous étions venus.

Malgré ses petites lacunes, Spy remplit largement son contrat et l’humour de McCarthy et Feig est toujours dans l’ère du temps. Les compères passent au crible un genre éculé et en profitent pour ridiculiser la superficialité des productions actuelles et de l’Amérique beauf, à laquelle certains pensent encore que les deux artistes appartiennent. La force de McCarthy est d’ailleurs de savoir jouer de cette ambiguïté et de ne pas la refouler avec dédain. Cela lui permet de faire exister des personnages contradictoires, complexes et attachants, dont l’humilité s’accorde parfaitement à sa bestialité. On rêverait de la voir tourner auprès de Mark Wahlberg et Will Ferrell, deux des rares comédiens capables d’associer autant d’antagonismes.

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