Critique : Suicide Squad – Menace To Society

Affiche du film Suicide Squad. les membres de l'équipe sont pris de haut et forment un sourire ou le reste du visage est taggé. Le Joker est visible dans l'oeil gauche du crâne.

Après l’efficace Fury, David Ayer s’attaque à son premier blockbuster avec Suicide Squad où les canailles de DC Comics font équipe pour anéantir un ennemi redoutable. Le réalisateur aime mettre en scène des protagonistes torturés (Bad Times, Au bout de la nuit) et avait de la matière avec des crapules telles qu’Harley Quinn, Deadshot ou Captain Boomerang.

Dès l’introduction, le regard tendre du cinéaste sur ses personnages se fait sentir. Ils ont pour la plupart un énorme potentiel et l’on connaît notamment celui du terrifiant Joker. Hélas, les criminels servent un script dénué d’originalité qui s’écarte au fil de l’œuvre du côté provocateur véhiculé durant l’énorme campagne marketing.

Revendiquant son amour pour le cinéma de Sam Peckinpah, Ayer avait la possibilité d’ancrer un script complexe comme celui de La Horde Sauvage dans l’univers des super-héros. C’est l’inverse qui se produit dans Suicide Squad. Le Joker et Harley Quinn n’ont pas l’épaisseur qu’ils méritent, au même titre que tous les autres protagonistes.

Photo de Diablo, Captain Boomerang, Killer Croc, Harley Quinn, Deadshot, Rick Flag et Katana.

Certains des membres sont enfermés dans des rédemptions inutiles à l’image de Deadpool et Diablo. D’autres comme Killer Croc ou Captain Boomerang sont là pour quelques vannes gentilles et des séquences d’action décevantes. Les effets spéciaux sont souvent grossiers, en particulier lors de l’affrontement final face à de vrais méchants eux-aussi sous-développés.

Avant d’arriver à cette conclusion, David Ayer prend le temps de nous présenter l’équipe dans une exposition hasardeuse où les transitions sont maladroites et empêchent chaque scène de décoller.

Certains des plans qui avaient retenu notre attention dans la bande-annonce se perdent dans un cafouillage narratif. Le face-à-face entre Harley Quinn et le Joker à l’hôpital est dénué d’intensité tout comme ses séances de torture particulièrement expéditives ou les apparitions anecdotiques de Batman.

Photo de Margot Robbie et Jared Leto dans le film Suicide Squad de David Ayer. Harley Quinn n'a pas encore sombré dans la folie et interroge le Joker à l'asile d'Arkham.

Au lieu de favoriser l’ambiguïté d’Amanda Waller et de secouer ses héros dans une ville déserte et anéantie, Ayer les fait errer et les enferme dans des immeubles, les étouffant lorsqu’ils sont en action et ne proposant aucune idée visuelle nouvelle.

Le mauvais goût volontaire des affiches n’est jamais visible et si l’outrance est présente, elle n’est cependant pas maîtrisée. Les comédiens sont pourtant impeccables, à commencer par Margot Robbie qui porte le groupe sans difficulté. A l’instar de ses partenaires, elle ne peut s’exprimer pleinement et reste limitée à des répliques très consensuelles. Le mystère, la cruauté et l’anticonformisme qui représentent ces ordures sont oubliés. Ayer leur préfère des phrases clinquantes placées entre deux classiques musicaux durant lesquels il montre à quel point leur allure en jette.

Loin d’être le film de sales gosses espéré, Suicide Squad est un divertissement extrêmement formel incapable de provoquer la moindre émotion. Les gentilles crapules ne suscitent ni la peur, ni l’attachement et se pavanent dans un film au scénario très brouillon et au montage chaotique. David Ayer retombe dans les travers de Sabotage et signe un long métrage faussement brutal, rarement amusant et n’arrivant pas à souligner la perversité du Joker, personnage phare dont on attendait vivement le retour au cinéma.

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