Critique : The End – Le Rebelle de la forêt

Affiche de The End de Guillaume Nicloux. Nous voyons le profil de Gérard Depardieu affichant un regard sombre. Les arbres et le soleil apparaissent floutés au second plan.

Un matin, Gérard Depardieu part chasser en forêt accompagné de Yoshi, son chien. En chemin, il perd son fidèle compagnon, tourne en rond à la recherche de la sortie et fait face à une série d’événements inquiétants.

En mettant en image l’un de ses cauchemars, Guillaume Nicloux retrouve son comédien de Valley of Love et lui offre un nouveau rôle à sa mesure. Depardieu s’essouffle, râle, hurle et rend compte de la terreur qui s’installe dans l’esprit du protagoniste. Comme dans Valley of Love, le spectateur ne fait pas vraiment la différence entre le personnage et l’acteur. 

L’alchimie entre les deux artistes est visible même si Depardieu en fait beaucoup. Certains monologues ne sont pas nécessaires et ses cris à répétition provoquent forcément de sympathiques moments de rigolade. Dans la première demi-heure, le chasseur cherche son chien. Durant cette partie, les fans de Depardieu sont ravis de voir l’acteur vampiriser l’écran, chose qu’il fait avec un naturel toujours aussi impressionnant.

Grossier et en difficulté pour se déplacer, Depardieu s’énerve et si sa patience a des limites, celle du spectateur aussi. Lorsque l’ennui commence à nous guetter, le cauchemar de Nicloux prend une autre trajectoire. Hallucinations ? Rêve ? Suicide ? Tout comme le héros, le public doute et l’angoisse se prononce de plus en plus.

Photographie de Gérard Depardieu dans le film The End de Guillaume Nicloux. Depardieu est assis sur un rocher, la tête penchée sur sa main et son fusil. Il semble dépité.

Les rencontres que Depardieu fait avec des animaux, des insectes et des personnages énigmatiques renforcent l’absence de logique. Les protagonistes secondaires ne comprennent pas plus que le chasseur ce qui arrive ou n’ont pas envie de l’expliquer. Menaces ou aides, les rôles ne sont jamais définis et leurs apparitions sont comme celles de fantômes.

Nicloux laisse son subconscient s’exprimer au risque de nous perdre. C’est parfois le cas mais le réalisateur n’a rien perdu de sa capacité à installer une ambiance oppressante et à jouer sur les ombres et les sons. Les notes du compositeur Eric de Marsan soulignent l’inquiétude et l’impression de cauchemar. Les plans séquences et le montage témoignent de l’incapacité de Depardieu à lutter et à affronter ses peurs dans la forêt, environnement naturel magnifique qui décuple la solitude.

The End est une boucle libre qui ne cherche jamais à rationnaliser ou à faire plaisir à son public. Le film porte le style de son cinéaste, l’extravagance et la fragilité de son comédien qui n’a rien à prouver et qui continue pourtant d’évoluer. Moins attachant que Valley of Love, ce long métrage tourné rapidement s’avère aussi fascinant que maladroit. Sa structure porte toutes les contradictions d’un mauvais rêve dont on ne cesserait de voir les irrégularités mais qui trotte encore dans la tête une fois terminé.

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