Critique : The Grand Budapest Hotel – Portrait de famille

Affiche de The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson. Nous y voyons l'hôtel de face dans les paysages montagneux. Les tons sont clairs et pastels.

Lorsque l’on voit l’affiche de The Grand Budapest Hotel, on ne peut que rester bouche bée. Même si l’on n’est pas familier de l’univers de Wes Anderson, un tel casting ne laisse pas indifférent et attise forcément la curiosité.

Après le fabuleux Moonrise Kingdom, on attendait encore plus de la part de ce petit génie qui, s’il ne renouvelle pas vraiment son univers au fil du temps, propose toujours des sujets farfelus dans lesquels apparaissent des personnages extrêmement attachants. Depuis Bottle Rocket, Anderson nous a présenté une galerie d’individus grandioses et débordants d’humanité. On pense à Royal Tenenbaum interprété par Gene Hackman (La famille Tenenbaum), au génial Steve Zissou incarné par Bill Murray dans La vie aquatique ou encore au Capitaine Sharp joué par un Bruce Willis méconnaissable dans Moonrise Kingdom.

Cette fois-ci, nous faisons la connaissance d’un directeur d’hôtel dandy et de son fidèle garçon d’étage. Ensemble, ils vont être embarqués dans une conspiration à cause de laquelle Gustave H, le fameux directeur, va devoir confier son hôtel à Zero Mustafa, son jeune élève. Les deux compères vont être poursuivis par un riche héritier et son bras droit impitoyable qui souhaitent récupérer un tableau dont a hérité Monsieur Gustave.

Les plans larges, les travellings latéraux et toutes les techniques habituelles d’Anderson sont présentes dans The Grand Budapest Hotel. On pourrait s’en lasser mais le cinéaste n’a jamais autant maitrisé son style et en termes de mise en scène, The Grand Budapest Hotel est probablement son œuvre la plus aboutie.

En plaçant son récit à l’aube de la Seconde Guerre Mondiale, Wes Anderson présente un univers qui lui permet de dévoiler des décors somptueux et fantaisistes. Il s’offre également un méchant nazi impitoyable joué par un Willem Dafoe exquis. Il installe son magnifique palace dans un pays imaginaire qui rappelle la Pologne. Cela donne lieu à des séquences sublimes dans des montagnes grâce auxquelles Anderson se lâche totalement, notamment lors de la poursuite finale terriblement drôle.

Photo de Willem Dafoe, Adrien Brody, Mathieu Amalric et Ralph Fiennes dans le film The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson. Brody s'apprête à bondir sur Fiennes mais est retenu par les deux autres comédiens.

The Grand Budapest Hotel est également une œuvre magique sur l’importance de la transmission. Si le long métrage est dynamique et très drôle, la conclusion est bouleversante et Anderson parvient en quelques plans à donner une importance considérable au narrateur joué par Jude Law et Tom Wilkinson. L’amitié entre Gustave et Zero est également l’autre point fort du film. Leurs rapports ne sont pas ceux d’un simple mentor face à son disciple puisque Zero change littéralement au cours du film et connaît une véritable évolution grâce à l’influence de Gustave, qu’il devra sauver plus d’une fois.

Tous les acteurs fétiches d’Anderson sont venus faire un petit passage irrésistible. On retiendra Harvey Keitel en prisonnier solidaire, Bill Murray, Owen Wilson et Jason Schwartzmann en maîtres d’hôtel délirants ainsi que F. Murray Abraham en conteur poignant. Malgré la présence sympathique de tous ces comédiens talentueux, le film reste porté par un Ralph Fiennes en très grande forme et Tony Revolori, jeune surdoué qui mérite une longue carrière.

The Grand Budapest Hotel, c’est drôle, créatif, profond, rythmé et original comme chaque précédent long métrage du réalisateur. Wes Anderson vient de signer un voyage inoubliable et prouve encore une fois qu’un auteur peut se réinventer tout en restant fidèle à lui-même.

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