Critique : The Homesman – La chevauchée fantastique

Affiche de The Homesman sur laquelle nous voyons les sombres portraits d'Hilary Swank et Tommy Lee Jones. En bas de l'affiche, nous voyons une diligence en train d'avancer.

Présenté le mois dernier à Cannes, The Homesman marque le retour sur le devant de la scène d’Hilary Swank après une série de films oubliables voire totalement inutiles (La locataire, Happy New Year, Amelia) et surtout celui de Tommy Lee Jones derrière la caméra, neuf ans après le génial Trois enterrements et trois ans après le téléfilm The Sunset Limited, adaptation d’une pièce de Cormac McCarthy. Western crépusculaire surprenant, The Homesman est la claque que l’on n’avait pas vue venir qui s’impose comme l’un des chefs d’œuvre de 2014.

Dans le petit village de Loup situé dans le Nebraska, trois femmes ont perdu la raison. Mary Bee Cuddy, une pionnière indépendante, a pour mission de les ramener dans l’Iowa afin qu’elles puissent retrouver leur famille et se faire soigner. Pour l’accompagner, Mary Bee engage George Briggs, un vagabond qu’elle a sauvé de la pendaison. Ensemble, ils vont traverser les nombreux obstacles d’un pays en construction qui ne les épargnera pas.

Pendant des années, des cinéastes comme John Ford ont mis en avant le mythe pionnier et conquérant des Etats Unis dans des œuvres emblématiques (La poursuite infernale, La prisonnière du désert). A la fin de la période classique du western caractérisée par des films comme Les Cheyennes ou Le Sergent Noir dans lesquels Ford changeait complètement de point de vue, d’autres réalisateurs majeurs tels que Sergio Leone et Sam Peckinpah ont sublimé le genre en l’abordant différemment pour mettre en avant les horreurs engendrées par la naissance de la nation.

Si l’on devait situer The Homesman dans l’une des cases établies (mais jamais limitées) du western, on ne saurait pas où le placer. Dans sa mise en scène, ses plans et ses couleurs, Tommy Lee Jones nous rappelle John Ford. Amoureux de son pays, le cinéaste filme ces paysages magnifiques comme Ford le faisait avec Monument Valley, son petit coin de paradis.

Photo de Tommy Lee Jones dans le film The Homesman. L'acteur est à cheval, dans la nuit, avance vers l'objectif à côté d'une maison en feu.

Cependant, toute la finesse et la beauté de la réalisation servent une histoire centrée sur quatre femmes étouffées par des conventions et des conditions de vie insupportables. Et c’est à ce niveau que The Homesman est à l’opposé des westerns classiques où la femme était bien souvent un faire-valoir pour le mâle viril. On retiendra bien sûr quelques exceptions à l’image de Maureen O’Hara, l’une des rares comédiennes capables d’exister à l’écran face à John Wayne.

Tommy Lee Jones offre à son public une vision nouvelle d’un mythe dont la part sombre a bien trop souvent été mise à l’écart. Le réalisateur va à l’encontre des attentes du spectateur et The Homesman est en ce sens encore plus dur et désagréable que Trois enterrements. La conquête n’engendre pas que des réussites et le long métrage s’intéresse aux laissés-pour-compte forcés de s’adapter à une nature extrêmement rude. Comme dans son précédent film, la cruauté et les événements dramatiques ne sont jamais gratuits. Ils amplifient le sentiment de mélancolie et de tristesse véhiculés par les deux personnages principaux qui n’arrivent pas à trouver leur place dans cette société en construction et n’ont finalement aucun remède à leur solitude.

Hilary Swank et Tommy Lee Jones sont parfaits. La première tient ici son meilleur rôle depuis Million Dollar Baby dans la peau de cette croyante obstinée regorgeant de bonté et d’humanité. Quant à Jones, il n’est pas seulement le bougon caricaturé dans Malavita et Tous les espoirs sont permis. Avec ce personnage oscillant entre le burlesque et la noirceur pure, nous redécouvrons l’homme au regard désabusé de No country for old men et Dans la brume électrique. Parmi les seconds rôles, nous retrouvons la jeune Hailee Steinfeld, révélation de True Grit, ainsi que James Spader (Lincoln) et Meryl Streep (The Hours), des compagnons de jeu de Tommy Lee Jones. Ils représentent trois modèles d’intégration qui tentent de s’établir en tant que citoyens prospères, chacun à leur manière. Tommy Lee Jones est un metteur en scène précis et soucieux des détails, bien loin de la fausse image qu’il s’amuse à donner dans les médias. Avec le recul, on comprend que chaque protagoniste, malgré le peu de temps de présence à l’écran, a une importance capitale pour le propos du film.

The Homesman est un voyage qui prend aux tripes. Tommy Lee Jones s’attaque à un genre qui n’a accordé que trop peu de place aux personnages féminins auxquels il rend un hommage saisissant. En n’hésitant pas à casser le rythme de ce récit magnifique, il nous laisse le cœur lourd et confirme que le western est loin d’être, comme ont pu l’affirmer certains critiques, un genre mort et enterré.

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