Critique : The Imitation Game – Un homme d’exception

Affiche du film The Imitation Game. Nous y voyons Alan Turing de dos dans une pièce sombre, face à sa machine à déchiffrer.

S’il fut un temps où les spectateurs n’arrivaient pas à prononcer le nom de l’interprète de Sherlock, cette époque est maintenant révolue. Benedict Cumberbatch est aujourd’hui sur les lèvres des spectateurs du monde entier, reconnu pour avoir endossé le costume d’un méchant phare de l’univers Star Trek, d’un dragon pour Peter Jackson et aujourd’hui d’une figure injustement oubliée de la Seconde Guerre Mondiale.

Dans le premier long métrage de Morten Tyldum, Cumberbatch interprète Alan Turing, l’homme qui réussit à déchiffrer le code Enigma utilisé par l’armée allemande. Si l’on nous a vendu le film comme un thriller tendu, il s’agit en réalité d’un drame centré essentiellement sur les sentiments d’un génie qui fut condamné pour son homosexualité.

Tyldum réussit à nous tenir en haleine pendant deux heures grâce à son comédien. Le réalisateur signe une œuvre soignée mais très conventionnelle. Il concentre son récit sur trois périodes charnières de la vie de Turing et sa volonté est de révéler la nature d’un homme discret, brillant et impénétrable. Si l’on prend plaisir à découvrir le caractère de Turing et son acharnement pour créer une machine révolutionnaire, jamais nous ne sommes surpris par les « révélations » finales.

The Imitation Game est passionnant mais beaucoup trop classique dans la forme. A l’inverse d’un Spielberg qui parvient à nous plonger dans diverses époques grâce à la puissance émotionnelle de ses récits (Cheval de guerre, Munich), Tyldum s’impose en cinéaste appliqué mais peine à développer des enjeux dramatiques. Il y a bien sûr la dure conclusion pour nous émouvoir, mais le réalisateur passe parfois à côté de moments qui auraient pu nous prendre aux tripes, se contentant d’empiler sans prise de risque des séquences intéressantes. On pense à la scène où l’un des cryptographes découvre la perte d’un être cher en déchiffrant un message, qui manque cruellement d’intensité.

Photo de Benedic Cumberbatch et Keira Knightley dans le film The Imitation Game. Le premier est assis sur un fauteuil, semble malade alors qu'elle pose une main sur lui tendrement et semble vouloir l'aider.

On aurait aimé comprendre la construction de la machine, la logique des écrits de Turing et la solitude dans laquelle il est tombé. Malheureusement, ces éléments ne sont pas fouillés. Tyldum donne des solutions sans plonger au cœur du problème et des angoisses de son personnage. En revanche, il aborde l’homosexualité du héros avec subtilité. Lors du message dévoilé en conclusion, on comprend que le souhait du réalisateur était de dénoncer les idéologies d’un gouvernement qui a sacrifié l’un de ses plus grands génies, et non pas de s’intéresser pleinement aux avancées technologiques sur lesquelles cet homme complexe a travaillé.

Heureusement, le long métrage est porté par une galerie d’acteurs impeccables, à commencer par Benedict Cumberbatch. Toujours juste et nuancée, l’interprétation du comédien est parfaite, surpassant même la performance de Russell Crowe dans le tout aussi académique Un homme d’exception. Il faut également retenir la présence de Keira Knightley et de l’excellent Matthew Goode (Match Point), qui ne cessent d’affiner leur jeu au fil des années.

Captivant mais incomplet, The Imitation Game rentre dans la catégorie des biopics solides mais impersonnels. S’il propose une reconstitution remarquable et rend un hommage saisissant à une figure historique incontournable, le long métrage est souvent dénué de tension. On préfère revoir La Taupe, grand thriller d’espionnage et fresque nostalgique sur l’amour impossible, dans lequel Cumberbatch impressionnait déjà.

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