Critique : The Immigrant – All about Ewa

Affiche de The Immigrant de James Gray. Nous y voyons le portrait de Marion Cotillard au centre, entourée des voiles et des portrais de Joaquin Phoenix et Jeremy Renner.

Cela fait maintenant plus d’un an que Marion Cotillard subit les foudres de millions d’internautes à cause de sa dernière apparition dans The Dark Knight Rises. A juste titre ? Non. Sa mort était certes ringarde, Christopher Nolan aurait très bien pu prendre une autre prise. Certes, elle est parfois énervante avec son mec et leur clique de bourgeois qui se fout de partir en vacances en laissant leur pote seul à l’hôpital. Mais il ne faut pas oublier que durant cette même année 2012, elle avait également joué dans une autre œuvre phare, le magnifique De rouille et d’os dans lequel elle était sidérante de justesse.

Elle n’avait pas eu le César de la meilleure actrice pour son rôle, au profit d’Emmanuelle Riva et son interprétation pour Amour. Elle n’aura pas non plus l’Oscar pour The Immigrant, à cause du manque cruel de popularité de James Gray outre-Atlantique. Pourtant, elle le mérite amplement. Son jeu dans The Immigrant est l’un des plus beaux de l’année et son personnage un symbole magnifique comme on en voit trop peu au cinéma.

The Immigrant prend place dans le New York des années 20, entre prohibition et arrivage de bateaux remplis d’européens venus vivre leur rêve américain. Ewa, immigrée polonaise, doit laisser sa sœur atteinte de tuberculose sur l’île d’Ellis Island.

James Gray annonce immédiatement la couleur, The Immigrant n’est pas une jolie histoire. Le cinéaste parvient à sonder le désespoir comme peu de cinéastes. Son long métrage nous narre le supplice d’une héroïne maltraitée et manipulée. Cette noirceur fait toute la splendeur de l’oeuvre. Ewa est une femme qui se distingue par ses actions. Le courage dont elle fait preuve fait d’elle une héroïne au premier sens du terme, et pas uniquement le personnage principal d’un mélodrame comme pouvait l’être Joaquin Phoenix dans Two Lovers.

Photo de Joaquin Phoenix et Marion Cotillard dans le film The Immigrant de James Gray. Le couple marche sur un bateau et observent tristement le paysage sur leur droite.

S’il parvient à construire l’évolution de son Ewa sans faille à travers sa perte totale d’espoir et son instinct de survie grandissant, James Gray réussit également à nous immerger dans une Amérique en construction. Il démythifie le rêve américain sans pour autant cracher sur son pays ou porter un regard accusateur. Comme dans La nuit nous appartient, il parvient toujours à faire émerger de la crasse une beauté indéniable. Pour The Immigrant, on comprend après les deux heures de film que le réalisateur a vu plus grand et que ses ambitions étaient différentes.

Nous avons là un bijou de classicisme qui nous ramène directement au cinéma de John Ford et à des œuvres comme Les raisins de la colère ou Qu’elle était verte ma vallée. Gray prend son temps pour analyser une nation qui, pour se construire, passe par la destruction. A commencer par celle des individus. S’ils savent faire preuve d’une grande humanité, tous les protagonistes lui préfèrent la cruauté pour s’en sortir. Et lorsque ce n’est pas le cas, leur route s’arrête très vite.

Au milieu de tout cela, il y a un triangle amoureux porté par Cotillard, accompagnée d’un Joaquin Phoenix toujours aussi impressionnant même dans ses moments d’absurdité volontaire. La vraie surprise vient de Jeremy Renner, qui délaisse enfin les blockbusters pour revenir à un personnage plus complexe et nuancé, comme c’était le cas dans Démineurs.

The Immigrant, c’est à ne louper sous aucun prétexte. Vous ne voudriez pas rater ce dernier plan, peut être le plus intelligent de l’année, qui résume toute la tristesse d’une vie jamais totalement gâchée mais sérieusement endommagée.

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Une réponse à Critique : The Immigrant – All about Ewa

  1. Clement dit :

    Arf…moi qui n’avais pas été convaincu par la bande annonce, vous allez réussir à me traîner à l’UGC finalement…bel article en tous cas.

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