Critique : The Salvation – La vengeance aux deux visages

Affiche du western The Salvation. Nous y voyons Mads Mikkelsen au centre de l'objectif, pointant son arme vers une victime qui semble au sol.

Après le drame la Chasse et le film d’aventures Michael Kohlhaas, Mads Mikkelsen retrouve le rôle d’un homme victime d’injustices dans le western The Salvation, sélectionné au dernier Festival de Cannes. Série B réussie qui assume parfaitement ses influences, le long métrage nous confirme quelques mois après The Homesman que le genre se porte très bien.

The Salvation est la preuve qu’un cinéaste peut transcender un scénario classique avec ses idées de mise en scène. Ici, le rythme du film distille une tension permanente, renforce la puissance émotionnelle de l’intrigue et nous fait oublier certaines péripéties téléphonées. Dès les premières minutes, le personnage de Mads Mikkelsen voit sa famille mourir et entame immédiatement sa vengeance. Il se retrouvera par la suite confronté à un chef de gang local associé à de nombreux investisseurs qui lui garantissent le pouvoir d’une ville riche en ressources pétrolières.

L’histoire rappelle beaucoup celle d’Il était une fois dans l’Ouest, référence ultime. Le chemin de fer s’est ici transformé en puits de pétrole. La fragilité d’Eva Green (Casino Royale) évoque clairement celle de Claudia Cardinale, elle aussi désabusée suite à la mort de son mari dans le chef d’œuvre de Leone. La lâcheté de l’entrepreneur interprété par Jonathan Pryce (Pirates des Caraïbes) est la même que celle de Gabriele Ferzeti. Quant au personnage campé par Jeffrey Dean Morgan, son pouvoir, sa bande sans pitié et son long manteau poussiéreux ressemblent à ceux de Frank. Jeffrey Dean Morgan (Watchmen) n’est clairement pas Henry Fonda mais le comédien nous offre sa meilleure composition depuis un moment.

Photo de Mads Mikkelsen dans le film The Salvation. L'acteur est à cheval dans un vaste paysage désert et porte un enfant mort.

Le scénario de The Salvation ne propose rien que l’on ait déjà vu dans un autre western. Dans son ton et sa violence, le long métrage fait penser à Nevada Smith, œuvre sous-estimée de Henry Hathaway dans laquelle Steve McQueen trouvait l’un de ses meilleurs rôles. Là où The Salvation nous a surpris, c’est dans certains de ses plans. Ce magnifique ciel ombrageux, on ne l’avait pas vu au cinéma depuis L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford. Kristian Levring nous offre des séquences dures et puissantes, à l’image de celle dans laquelle Mikkelsen retrouve sa famille massacrée. Le comédien, tout en retenue, confirme qu’il est le meilleur pour se glisser dans la peau d’hommes paisibles forcés à sombrer dans la violence. Lorsqu’il prend le point de vue du héros, Levring fait des merveilles et permet au spectateur de vivre l’horreur que traverse Mikkelsen, brisé plusieurs fois au cours du film.

Si Levring s’inspire de Leone, il n’hésite pas à faire des ajouts qui rendent son oeuvre encore plus appréciable. On pense évidemment au fait qu’Eva Green incarne une femme muette, qui ne laisse passer son désespoir qu’à travers des regards désarmants. On saluera également l’affrontement final, le plus impressionnant depuis Open Range, autre film dans lequel deux hommes se retrouvaient face aux dirigeants corrompus d’une ville en pleine construction.

The Salvation est un condensé de tout ce que l’on aime dans le western. Les magnifiques étendues désertiques sont là, tout comme la mélancolique composition musicale et le suspense dû à l’attachement de personnages iconiques que l’on ne veut pas voir mourir. Si des réalisateurs comme John Hillcoat, Tommy Lee Jones et Kristian Levring continuent de donner au genre l’ampleur qu’il mérite, le western n’est pas prêt de s’éteindre. C’est tout le mal qu’on lui souhaite.

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