Critique : The Tree of Life – La vie devant soi

Affiche du film The Tree of Life réalisé par Terrence Malick. Nous voyons les mains d'un parent, éclairées par une lumière blanche, entourer le pied d'un bébé de manière gracieuse.

En de nombreux aspects, The Tree of Life représente une référence cinématographique ultime. Terrence Malick a su avec ce film confronter l’infiniment petit et l’infiniment grand comme peu de cinéastes avant lui. Œuvre qui nous immerge dans les souvenirs d’enfance romancés d’un réalisateur qui ne se livre qu’à travers son art, le long métrage parle aussi de la création de l’univers, du Big Bang et de l’apparition de la vie sur la Terre.

Malick aborde une multitude de sujets sans fil conducteur. La difficulté d’évoquer les origines du monde, qu’elles soient sacrées ou scientifiques, n’a pas bloqué le cinéaste dont l’œuvre aurait pu n’être qu’un enchaînement d’images prétentieuses et faussement poétiques que certains ont décrit lors de sa sortie.

Mais lorsque le film se termine, la cohérence est bien présente. Sans donner de réponses à des questions universelles, Malick livre sa vision, sans jugement ni volonté d’affirmer une quelconque vérité. The Tree of Life est surtout un témoignage bouleversant sur la croyance en une entité supérieure et sur le regard qu’elle peut porter ou non sur nous, sur la difficulté à faire le deuil d’une personne proche et sur les retombées que la mort engendre sur les vivants.

Photographie de Jessica Chastain dans le film The Tree of Life de Terrence Malick. L'actrice est prise de dos, durant un traveling aérien qui s'approche d'elle alors qu'elle marche sur une étendue de sel, face au soleil.

La vie ne serait pas si belle si elle n’était pas insignifiante et singulière dans cet ensemble qui nous dépasse tous. En montrant la création de l’univers, Malick nous rappelle l’aspect illusoire d’une vie humaine mais également son importance car elle appartient à une nature auquel le réalisateur est profondément attaché.

Il est dit au début du film que l’être humain doit faire un choix entre la voie de la nature et la voie de la grâce. Cette dernière prône la communion avec son environnement, le désintéressement et l’amour tandis que la voie de la nature instaure un jugement et une ascendance sur son prochain. La beauté du personnage interprété par Sean Penn et Hunter McCracken est justement de ne pas savoir que choisir entre ces deux voies. Repoussant les ordres d’un père autoritaire étouffé par la pression sociale, l’aîné de la famille découvre dans son quartier texan la force, la cruauté et la maladie malgré les mises en garde mais aussi la joie et le partage grâce à une mère aimante.

S’ils ont chacun choisi leurs voies, les parents ne sont pas figés et subissent eux aussi le cours de la vie. Alors que Brad Pitt s’assagit et porte un regard plein de bonté sur des enfants qu’il souhaite rendre forts et indépendants, Jessica Chastain perd la foi lorsque l’un de ses fils meurt et va même jusqu’à questionner l’autorité suprême. Jack voit la désillusion dans les yeux de ses parents et remet perpétuellement en question sa vision. Cela se ressent dans les relations avec ses frères et copains du quartier, avec lesquels il est tour à tour protecteur et moqueur, suiveur et leader.

Photo de Brad Pitt dans le film The Tree of Life de Terrence Malick. Il pose la main de manière affectueuse sur la nuque de son fils. Ils marchent dans la rue et se dirigent vers leur maison. Le soleil se couche.

Au-delà du magnifique propos sur l’importance de l’enfance, synonyme de découverte, et sur la manière qu’elle a de conditionner l’adulte, The Tree of Life est aussi un bijou visuel et sonore. Lorsque les images du cosmos défilent sur le Lacrimosa, Malick désarme en nous rappelant que nous sommes bien peu de choses. Puis, lorsque Jessica Chastain joue avec ses enfants sur La Moldau de Bedrich Smetana, le cinéaste nous confronte à l’immense privilège que la vie peut être et nous bouleverse une nouvelle fois. Les plans aériens provoquent une sensation de flottement que l’on ne veut pas quitter durant tout le film. Cette douceur est toujours présente chez Malick et prend toute sa force lorsqu’elle est confrontée à la violence. C’était notamment le cas des chants mélanésiens dans La ligne rouge.

Le réalisateur est connu pour éclipser des comédiens souvent déçus par le résultat final, aux antipodes du scénario initial sans cesse modifié par un artiste qui ne quitte jamais le processus créatif. Ici, c’est Sean Penn qui a vu un grand nombre de ses séquences coupées au montage. Mais Malick n’est pas là pour faire plaisir à ses comédiens et assume la vision de son film, en constante évolution. S’il n’est que très peu présent à l’écran, Sean Penn n’en demeure pas moins puissant. Ses apparitions sont à l’image du reste de l’œuvre, indispensables, pleines de lyrisme et occupant une place fondamentale dans l’une des plus belles filmographies du cinéma américain.

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