Critique : The Wife – Une héroïne très discrète

Affiche de "The Wife' sur laquelle Glenn Glose et Jonathan Pryce posent face à l'objectif avec un sourire crispé. Légèrement en retrait, Jonathan Pryce a sa main posé sur l'épaule de Glenn Close.

Brillant écrivain, Joe Castleman est convié à Stockholm pour la remise de son prix Nobel de littérature. Accompagné de son épouse Joan et de son fils David, l’auteur compte bien profiter du voyage et de cette récompense, qui représente à ses yeux la consécration suprême. Le séjour de cette famille apparemment exemplaire est néanmoins rapidement perturbé par les interventions de Nathaniel Bone, journaliste qui a découvert plusieurs zones d’ombre dans la carrière de Castleman.

S’il s’avère extrêmement classique dans sa forme, The Wife s’impose comme une confrontation passionnante entre deux comédiens majeurs du cinéma américain et britannique. D’un côté, Jonathan Pryce, acolyte de Terry Gilliam qui a également tourné sous la direction de Martin Scorsese et Terrence Malick, prête ses traits à un homme égocentrique dont le besoin de briller a clairement éclipsé son envie de façonner son œuvre dans le temps. De l’autre, l’excellente Glenn Close incarne une femme effacée au premier abord, qui a préféré se mettre en retrait avec les années pour interpréter sagement son rôle d’épouse d’un génie, dans un milieu où elle n’aurait jamais pu avoir la même carrière que lui.

Photo tirée du film "The Wife" sur laquelle Glenn Close et Jonathan Pryce apparaissent tous deux de profil, alors qu'ils s'adressent tous deux un sourire.

Dès la première scène du film, qui se déroule dans le lit conjugal, le rapport de force complexe et l’égoïsme de Joe se font d’emblée ressentir, au même titre que la passivité de Joan, visiblement résignée face aux envies de son mari. Avant que ne débutent les cocktails, les discours de remerciements et la parade dans Stockholm, le réalisateur Björn Runge filme plusieurs scènes dans leur domicile où la lassitude, l’agacement et les silences contrôlés de Joan interpellent habilement le spectateur. Le cinéaste parvient dès le début à en révéler beaucoup sur le secret bien gardé du couple, que l’on devine assez vite et qui se révèle finalement moins surprenant que la manière dont il a empoisonné les rapports entre Joan et Joe.

Les raisons des failles de cette union et des petits signes de colère perceptibles prendront par la suite de l’ampleur à travers quelques flashbacks, révélés à mesure que Joan ne supporte plus la comédie permanente de son mari. Björn Runge limite ces chapitres dans leur passé, qui dévoilent aussi bien la façon dont Joan est tombée amoureuse de Joe que la désillusion de ce dernier face à son manque de talent. Cela permet de se concentrer sur l’état actuel du couple rongé que l’écrivain tente de préserver pour continuer à briller.

Photo de Glenn Close tirée du film "The Wife", sur laquelle elle est assise à la table d'un gala et lance un regard teinté d'amertume vers la scène.

Björn Runge ne s’attarde pas non plus sur Nathaniel Bone, personnage pivot interprété par Christian Slater qui vient bousculer le récit et perturber le couple en le faisant littéralement imploser durant son séjour. Après avoir dévoilé l’importance de Joan dans les écrits de Joe, le journaliste s’échappe du film aussi rapidement qu’il y est entré pour que le spectateur puisse assister à la mort de la relation qui unissait les deux époux.

Au cours de l’une des scènes les plus intéressantes du film, le réalisateur se focalise sur le regard de Glenn Close, parfaitement équilibré entre mépris et rage toujours dissimulés, alors que son mari effectue son grand discours de remerciements. Au-delà de l’intrigue qui réserve finalement peu de surprises, c’est le jeu de la comédienne magnifiée par des cadres serrés, comme c’est le cas dans cette séquence, qui happe pendant tout le film et qui fait de Joan une héroïne sacrifiée bouleversante, que l’on quitte déterminée malgré ses doutes et ses regrets au cours du final prévisible mais totalement cohérent.

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