Critique : Triple 9 – Dead Men Walking

Affiche du film Triple 9 réalisé par John Hillcoat. La seule couleur de l'affiche est le rouge. Nous voyons sur l'affiche une photo du visage de chacun des comédiens du film.

Talentueux pour mettre en scène des personnages complexes dépassés par un environnement hyper violent, John Hillcoat reste fidèle à lui-même avec le très bon Triple 9. Après l’Australie poussiéreuse du XIXème siècle, la Virginie meurtrie par la prohibition et le futur dévasté de La Route, le réalisateur des Hommes sans loi nous plonge cette fois-ci dans la chaleur moite d’Atlanta, paradis des strip clubs que l’on voit rarement au cinéma.

Le long métrage s’ouvre sur la meilleure séquence de braquage que l’on ait vu depuis The Town. Les criminels sont méthodiques et expérimentés. La fumée rouge et le placement tactique de chaque personnage sont des idées extrêmement bien pensées. Si l’équipe arrive à ses fins, ce n’est pas sans difficulté et cette trajectoire foireuse les suivra tout le long du film.

Le spectateur découvre ensuite que les braqueurs sont des policiers et des anciens Navy Seals à la solde de la mafia Russo-israélienne. L’enjeu du long métrage est classique : comment pourront-ils s’en sortir alors qu’ils jouent tous sur plusieurs tableaux ?

Photo de Chiwetel Ejiofor et Kate Winslet dans le film Triple 9 de John Hillcoat. Ils discutent. Ejiofor semble surpris et choqué alors que Winslet est paraît sereine.

Rapidement, Hillcoat donne la réponse avec une scène d’exécution brutale qui déstabilise une première fois le spectateur. Triple 9 est un véritable film de crapules où la frontière entre le bien et le mal est complètement gommée. Mis à part l’agent incarné par Casey Affleck qui se retrouve malgré lui dans un engrenage meurtrier, chaque protagoniste agit pour ses intérêts et n’hésite pas à trahir ses proches. Voyant leur famille, leur place dans la police et la rue mais surtout leur vie menacées, chaque membre de l’équipe devra être plus malin, plus calculateur et plus rapide que ses partenaires.

L’honneur du code de la rue est désormais révolu et les moyens de pression nombreux à cause des techniques de renseignements de plus en plus modernes. Immoral et sauvage, Triple 9 présente des individus perdus d’avance pour qui la vie a une valeur assez basse. Le long métrage ne laisse la place à aucune interrogation et ne cherche pas à démontrer les enjeux du trafic et de la guerre des gangs comme le faisait Sicario. Le quotidien des flics corrompus n’est qu’une succession de montées d’adrénaline et de plans qui échouent. Il n’est pas question d’idéaux bafoués puisque les protagonistes n’en ont plus ou sont forcés de les oublier.

Photo de Casey Affleck dans le film Triple 9 de John Hillcoat. Arme au poing, Affleck porte un tee-shirt de l'unité anti-gang et semble discuter avec les membres d'un gang.

Chacun fait face à des événements imprévisibles et doit sans cesse rebondir afin de survivre. L’immersion que nous fait vivre Hillcoat est totale. S’ils sont désabusés, les personnages n’en demeurent pas moins enragés et déterminés. La tension est permanente pour le spectateur qui voit ces hommes tomber les uns après les autres. On pense notamment à cette poursuite filmée en cité aussi éprouvante que celle de la première saison de True Detective. Lors de cette course, la caméra à l’épaule est parfaitement utilisée mais Hillcoat donne également un large aperçu des bas fonds d’Atlanta.

Entre appartements miteux de crackheads, boîtes enfumées où les corps trempés se rapprochent et se cognent et scènes de rue sanglantes, Hillcoat dévoile un enfer que l’ancien militaire interprété par Casey Affleck souhaite dompter mais qui le malmènera à plusieurs reprises. Si le comédien ainsi que Chiwetel Ejiofor, Woody Harrelson, Clifton Collins Jr. et Anthony Mackie excellent dans ce registre, la surprise vient de Kate Winslet, étonnante en gangster froide et impitoyable. Hillcoat dirige cette incroyable distribution dans un polar audacieux et sans concession. A force de contempler des morts s’entretuer, le spectateur ressort secoué de cette œuvre qui offre un nouveau regard sur une trame qui semblait manquer de singularité.

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