Critique : Un homme presque parfait – Seuls sont les indomptés

Affiche d'Un homme presque parfait. Il s'agit d'un portrait de Paul Newman souriant et regardant vers la droite.

Paul Newman fait partie de ces rares acteurs pour lesquels on serait prêt à s’attarder sur leur filmographie entière. Sur la fin de sa carrière, n’ayant plus rien à prouver et ce depuis bien longtemps, le comédien s’est quelque peu laissé aller. Mais lorsque Paul décide de se la jouer relax dans des drames ou des polars classiques, il reste tout de même bien plus intéressant et touchant que la plupart de ses confrères.

On pense à certains de ses longs métrages des années 90, comme L’heure magique ou Une bouteille à la mer, dans lesquels il joue un vieux briscard râleur mais loin d’être gâteux. De cette période, notre favori reste Un homme presque parfait qui lui valut l’une de ses dernières nominations aux Oscars.

Il y interprète Sully, un homme acariâtre qui partage une maison avec son ancienne institutrice, est amoureux de la femme de son ancien patron, une illustre tête de nœud, et a abandonné sa famille à la naissance de son fils. En clair, Sully est l’illustration parfaite du rêve américain. Lorsque sa progéniture revient en ville pour fêter Thanksgiving avec sa mère, autre modèle de sagesse, elle tombe par hasard sur Sully et l’invite au repas.

S’il ne brille pas par sa mise en scène, Un homme presque parfait trouve sa force dans la manière d’aborder sans complaisance certains thèmes comme la famille ou la vieillesse. Le ton est donné dès la première réplique de Sully à son ancienne institutrice, brillamment interprétée par Jessica Tandy (Les Oiseaux). Le refus de pitié du personnage, ses relations à la fois respectueuses et agressives avec les autres protagonistes et le pseudo-ratage de sa vie le rendent immédiatement attachant. L’ironie présente dans les répliques et certaines situations permettent à Newman de s’en donner à cœur joie. Comme dans Le Verdict ou Luke la main froide, l’acteur nous épate avec son sens de la repartie, allié à une décontraction apparente qui force le respect.

Photo de Paul Newman dans le film Un homme presque parfait. L'acteur est couché sur une voiture de police et regarde l'objectif en souriant.

Si Newman est l’attraction principale d’Un homme presque parfait, les autres acteurs sont eux-aussi remarquables, à commencer par Bruce Willis qui s’amuse comme un fou dans la peau d’un beauf exécrable sans cesse recadré par Sully. A l’heure où Willis cachetonne dans tous les navets d’action, le revoir dans cette comédie dramatique nous rappelle qu’il est aussi un grand comédien.

Robert Benton, scénariste de perles comme Bonnie & Clyde et Superman, nous présente une famille fissurée à travers les yeux d’un homme passé à côté de ses rêves. Le long métrage aurait pu être pathétique mais le réalisateur de Kramer contre Kramer ne tombe jamais dans l’amertume et ne force pas les émotions. On en a la preuve lors des séquences entre Newman et son fils, interprété par Dylan Walsh (Nip/Tuck), fabuleux moments où les non-dits refont surface. Leur sincérité et leur sobriété laissent pantois. On retiendra également la jolie partition d’Howard Shore (Les seigneur des anneaux). A l’image du film et du personnage principal, ce sont sa mélancolie et sa douceur qui nous touchent.

Un homme presque parfait est une œuvre simple, à l’instar de son comédien. Quatre ans plus tard, Benton et Newman se retrouveront pour L’heure magique, policier classique qui réunit les géniaux Susan Sarandon, James Garner et Gene Hackman. Encore une fois, Newman y sera magistral et rehaussera avec ses compagnons un scénario conventionnel. Avec une carrière impressionnante, Newman est l’une des figures du cinéma qui nous manque le plus et que l’on n’a pas honte d’appeler légende, à la fois capable de s’effacer derrière des projets majestueux (Le grand saut) et de s’imposer dans des longs métrages moins aboutis.

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