Critique : Un homme très recherché – Duplicity

Affiche du film Un homme très recherché. Nous y voyons le portrait de Philip Seymour Hoffman sur un montage photo où l'on distingue également d'autres personnages, façon film d'espionnage.

Après le fabuleux La Taupe, nous attendions beaucoup de la prochaine adaptation de John Le Carré au cinéma. Dans Un homme très recherché, nous retrouvons les thématiques chères à l’auteur à travers un récit situé à Hambourg, où la lutte contre le terrorisme est effrénée depuis les attentats du 11 septembre 2001. Si le film d’Anton Corbijn (The American) n’a pas la photographie, le calme et le charme vintage de La Taupe, il représente dans son genre la meilleure surprise depuis Jeux de pouvoir, excellent thriller politique de Kevin MacDonald.

Si l’on jette un œil aux actualités, on peut se dire qu’Un homme très recherché sort au moment opportun. Le long métrage nous dévoile les coulisses de la lutte contre le terrorisme. D’un côté, nous avons Günther Bachmann, espion qui tente de remonter les hautes sphères en se rapprochant des personnes connaissant les potentiels suspects. De l’autre, nous découvrons les supérieurs de Bachmann auxquels ce dernier doit prouver sa légitimité vis-à-vis des enquêtes en cours.

Là où Anton Corbijn nous surprend, c’est dans sa manière d’installer une ambiance paranoïaque. En développant le parcours de chacun des individus infiltrés, il nous présente un monde où la confiance n’existe pas. Chaque protagoniste doit sauver sa peau mais est rattrapé par ses convictions. C’est le cas d’Annabel, avocate obligée de collaborer avec Bachmann pour espionner Issa Karpov, un immigré d’origine russo-tchétchène qu’elle s’apprêtait à aider. En jouant une femme droite et entêtée malheureusement trop naïve pour ce milieu, Rachel McAdams retrouve un rôle proche de celui qu’elle tenait dans Jeux de pouvoir.

Le long métrage nous immerge dans le quotidien froid des espions, forcés d’oublier leurs principes et de faire des sacrifices constamment. C’est en cela qu’il respecte les thèmes de Le Carré, qui a toujours vu ce monde comme un paysage terne où les trahisons sont sous-jacentes et l’action rare voire inexistante.

Photo de Willem Dafoe et Philip Seymour Hoffman dans le film Un homme très recherché. Les deux hommes discutent à l'intérieur d'une voiture.

Bachmann est un homme de terrain obligé d’accepter les décisions de sa hiérarchie dont le but est d’étouffer un maximum de risques sans toujours prendre en compte les retombées. La dualité entre ces deux partis est passionnante car Bachmann est conscient que chaque action est susceptible de détruire la vie d’une personne qu’il a manipulée. Personnage tiraillé, l’espion est un homme solitaire et désabusé comme Le Carré sait si bien les écrire. Son regard froid rappelle celui de Smiley dans La Taupe et ses subtiles attentions celles de Barley dans La Maison Russie.

Seymour Hoffman est plus apte pour le rôle que ses confrères Gary Oldman et Sean Connery. Dans La Maison Russie, Connery gardait sa classe légendaire. Ici, Seymour Hoffman traîne son corps fatigué, enchaine les clopes et les whiskeys mais paraît néanmoins à l’affut. Dans La Taupe, Gary Oldman était silencieux hormis lors d’une scène dans laquelle il évoquait son ennemi. Seymour Hoffman a quant à lui ce côté bavard et avenant même s’il ne dévoile jamais le fond de sa pensée. Au final, ce personnage est peut être le plus insondable et fascinant que l’on ait vu dans une adaptation de Le Carré. Il n’y a qu’à regarder la séquence finale pour admirer toute la complexité de cet homme enragé et épuisé qui comprend que la diplomatie n’est pas synonyme de paix.

Porté par un comédien au sommet dont on regrette déjà l’absence à Hollywood, Un homme très recherché est une œuvre passionnante à défaut d’être spectaculaire, qui nous rappelle certains des chefs d’œuvre du genre (Les trois jours du condor).

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