Critique : Un moment d’égarement – Vincent, François et les autres

Affiche du film Un moment d'égarement de Jean François Richet. Les pères et filles marchent le long de la plage. Lola Le Lann et Vincent Cassel se regardent alors qu'Alice Isaaz et François Cluzet regardent dans des directions opposées.

Cinéaste rare, Jean-François Richet fait partie de ces réalisateurs qui ont su mettre en avant le cinéma de genre en France. De la même génération que Mathieu Kassovitz (L’ordre et la morale) et Florent Siri (L’ennemi intime), Richet fut révélé par Ma 6-T va crack-er après un premier long métrage prometteur, Etat des lieux. Par la suite, il fut l’un des rares réalisateurs français à réussir son incursion à Hollywood avec la solide série B Assaut sur le central 13, hommage sincère au génial John Carpenter qui allait plus loin que la pâle copie réservée aux adolescents en manque de popcorn.

Un moment d’égarement est donc le second remake de Richet. Si l’idée vient du producteur Thomas Langmann, la vision de cinéaste de Richet est toujours autant présente et fait toute la réussite de cette comédie dramatique classique mais rondement menée.

L’ouverture aérienne sur les magnifiques paysages corses laisse entrevoir les ambitions d’un cinéaste duquel on attendait qu’il se détache du classicisme des œuvres du genre. A l’image de cette introduction, la première partie est légère. Richet s’amuse des fossés générationnels entre les pères et leurs filles, dévoile leur nature avec humour avant que n’arrive ce fameux moment d’égarement. Avec ce premier tiers frivole, Richet rassure son spectateur et nous immisce dans les chaleureuses vacances des quatre personnages. Lorsque la situation arrive, le spectateur ne pense jamais aux retombées problématiques qu’elle va engendrer. Jean-François Richet alterne les émotions avec aisance et Un moment d’égarement est une œuvre bien plus complexe que ce que laissait présager la bande-annonce.

Dès lors que Vincent Cassel succombe au charme de Lola Le Laan, le ton de l’œuvre change et les petits défauts de chaque protagoniste que Richet s’amusait à présenter prennent une importance considérable et influent sur leurs décisions. L’impulsivité de François Cluzet renforce son aveuglement et empêche Cassel et Le Laan de se confier. L’ambiguïté de cette dernière crée un véritable désarroi pour Cassel, dont la loyauté est mise à l’épreuve. Incapable d’avouer, ce dernier perd peu à peu le contact avec sa fille et sa lâcheté amplifie la grosseur du mensonge. A travers ce scénario faussement classique, Richet ne dit absolument rien de nouveau mais la mise en scène nous fait comprendre tous les ressentis et émotions de ses personnages.

Photo de Lola Le Lann, Vincent Cassel et François Cluzet dans le film Un moment d'égarement de Jean-François Richet. Le Lann touche le visage de Cassel avec un air rieur.

Cluzet en fait beaucoup dans la peau de ce père psychorigide et obnubilé par les bêtes qui envahissent son territoire. Dans le même registre que certains de ses derniers films, l’acteur ne surprend plus. Si ce personnage lui colle à la peau, c’est aussi parce qu’il le joue bien. A l’inverse, Cassel continue d’étonner. Avec Alice Isaaz, il est celui qui suscite le plus notre empathie, perdu entre la peur de décevoir sa fille et son meilleur ami et l’obligation de se confesser. Chaque feinte et mensonge sont introduits pour enrichir les protagonistes et pas seulement pour amorcer des vannes. Un moment d’égarement a le mérite de proposer des situations parfois grotesques mais jamais vaines et superflues.

Lorsqu’il filme en plan séquence ses deux acteurs à la sortie d’une boîte ou qu’il interrompt brutalement une partie de chasse, Richet sert son récit, installe une tension et multiplie les enjeux dramatiques. Contrairement à Amitiés Sincères, comédie agréable mais dispensable, Un moment d’égarement provoque à de multiples reprises le malaise et le suspense final est très bien amené. Comme dans le long métrage avec Gérard Lanvin, nous retrouvons cet amour pour des artistes comme Claude Sautet, Yves Robert ou Claude Berri, des cinéastes capables de montrer la simplicité au cinéma en l’associant à des propos touchants sur l’amour et l’amitié.

Après l’excellent diptyque sur Jacques Mesrine, Un moment d’égarement confirme l’alchimie entre Jean-François Richet et Vincent Cassel. Malgré sa réussite à tous les niveaux, on doute que le film restera dans les mémoires mais on espère que son succès leur permettra de concrétiser l’ambitieuse fresque sur le marquis de La Fayette, qui sera une nouvelle preuve de l’éclectisme d’un réalisateur et d’un comédien hors pair.

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