Critique : Un petit boulot – Killer Jacques

Affiche du film Un Petit Boulot de Pascal Chaumeil sur laquelle Romain Duris et Michel Blanc se rendent compte qu'ils viennent de tuer un homme. Le second plan est un fond rouge qui représente une ville industrielle.

Licencié suite à la fermeture de son usine, Jacques a perdu sa copine, sa moto et ses meubles. Tentant de vivre de petites combines, il est un jour contacté par Gardot, un gangster sympathique et connu dans sa commune qui lui demande d’exécuter sa femme.

Les voyous enchaînant les répliques cultes ont disparu du cinéma français depuis un petit moment. Avec Un petit boulot, le regretté Pascal Chaumeil et Michel Blanc, scénariste du projet, rendent hommage aux dialogues de Michel Audiard et aux oeuvres d’Henri Verneuil et Georges Lautner. La gouaille est présente, notamment dans les échanges entre Romain Duris et Michel Blanc ainsi que dans les situations farfelues dans lesquelles l’apprenti tueur se retrouve.

Dans son exposition, le long métrage prend le temps de décrire une situation industrielle en crise. Les retombées sur Jacques et ses amis sont amenées avec un humour tendre mais n’excusent pas les décisions que le héros s’apprête à prendre. Un petit boulot ne parvient malheureusement pas à garder l’énergie de cette introduction sur la durée malgré des changements de ton réjouissants.

Photo tirée du film Un Petit Boulot sur laquelle Michel Blanc et Romain Duris se tiennent debout, armées dans un bois.

Au fil de l’œuvre, Jacques trouve des solutions et s’acclimate à son nouveau rôle d’assassin pour Gardot. Néanmoins, ses convictions demeurent et sa volonté d’agir honnêtement dans cette profession crée un décalage qui rappelle l’univers des frères Coen. La confiance grandissante de Jacques s’exprime à travers ses discours et la voix off alors que ses meurtres sont d’un amateurisme effrayant et donnent lieu à des séquences joyeusement sinistres. En cela, nous retrouvons des situations rocambolesques semblables à celles de Blood Simple ou Fargo. Le film offre même une scène d’exécution dans les bois qui prend cependant une tournure bien différente de celle de Miller’s Crossing. 

Adaptation d’un roman de Iain Levison, Un petit boulot conserve l’humour de l’écrivain et favorise l’absurde tout en n’oubliant jamais la réalité sociale qu’il décrit dans la première partie. La multiplicité des registres est intéressante mais casse parfois le rythme. L’envie de varier se ressent à l’écran ainsi que dans les dialogues ciselés. Elle empêche en revanche le récit de décoller et si l’on enlève le caractère imprévu des crimes, le film n’offre que très peu de surprises à son spectateur, y compris dans la conclusion gentiment immorale.

Photo de Romain Duris et Alice Belaïdi dans le film Un Petit Boulot de Pascal Chaumeil. Les deux acteurs discutent en buvant un bière au comptoir d'un bar.

Pascal Chaumeil et Michel Blanc n’ont aucun mal à développer des protagonistes nuancés, à commencer par ceux de Gardot et Jacques. Leurs scènes communes sont les plus fouillées, méchantes et drôles. En ne remettant pas en cause sa morale, le héros provoque l’empathie du spectateur malgré ses actes sordides. Ces derniers sont une thérapie pour lui et entraînent une nonchalance hilarante vis à vis des autorités. Du côté des seconds rôles, Alice Belaïdi et Gustave Kervern sont touchants en proches de Jacques tandis qu’Alex Lutz campe un inspecteur du travail exécrable avec une sobriété impériale.

Un petit boulot est une œuvre simple, agréable et sans prétention. Porté par des comédiens totalement crédibles qui comblent en permanence les failles de la narration, le long métrage s’impose comme une bonne surprise grâce à son humour noir assumé jusqu’au bout.

Ce contenu a été publié dans Critiques. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *