Critique : Un Traître Idéal – Raisons d’Etat

Affiche d'Un Traître Idéal sur laquelle nous voyons les personnages principaux sur un montage photo évoquant plusieurs villes et dans le style des films d'espionnage.

Nouvelle adaptation de John Le Carré trois ans après Un homme très recherché, Un Traître Idéal est un thriller classique aux multiples qualités qui n’atteint néanmoins pas le niveau des précédentes mises à l’image des travaux de l’auteur.

Abordant la trahison en haut lieu dans la mafia et les institutions politiques, le long métrage de Susanna White prend de la distance avec ces organisations puisque le complot est vécu par un couple lambda interprété par Ewan McGregor et Naomie Harris. En vacances à Marrakech pour sauver leur histoire d’amour, Perry et Gail rencontrent Dima, un blanchisseur au service des Vory qui souhaite demander de l’aide au gouvernement anglais afin de s’extirper de la mafia russe.

Scénarisé par Hossein Amini, réalisateur de The Two Faces of January, Un Traître Idéal met lui aussi en scène des quidams tranquilles se retrouvant dans des situations extraordinaires. Très bons dans cet exercice, Ewan McGregor et Naomie Harris excellent lorsqu’ils font face à des situations dangereuses et leurs réactions paraissent toujours crédibles.

Photo d'Ewan McGregor dans le film Un traître idéal qui marche dans les Alpes françaises face à l'objectif.

En revanche, leurs ambitions sont nettement moins bien développées, au même titre que celles des personnages secondaires. A aucun moment nous ne ressentons l’ambiguïté d’Un homme très recherché et surtout la profondeur de La Taupe où les silences et les regards traduisaient toujours les sentiments complexes des personnages.

Moins appliquée que ses prédécesseurs, Susanna White déroule son cahier des charges avec efficacité mais sans aucune virtuosité. S’il est agréable de voyager avec les protagonistes en Suisse et dans les Alpes françaises, nous suivons néanmoins leur périple avec un éloignement poli.

L’enfermement dans un système très froid inhérent aux œuvres de Le Carré n’est jamais prononcé et l’on ne s’inquiète pas pour le couple malgré le changement radical de leur vie. D’autre part, on ne pénètre pas dans l’intimité et les codes des Vory comme c’était le cas dans Les promesses de l’ombre.

Photo de Damian Lewis dans le film Un traître idéal. Face à l'objectif, le comédien tient une arme déchargée et semble l'analyser minutieusement.

Pourtant, les interprètes sont tous impeccables de Stellan Skarsgard à Damian Lewis et certaines scènes sont très réussies, à l’image de l’exécution de l’introduction et d’une séquence en forêt nerveuse et parfaitement éclairée. Ces quelques fulgurances ne parviennent pas à rehausser le récit téléphoné d’Un Traître Idéal, exercice de style mené avec intelligence mais vain. Les politiciens corrompus et les mafieux n’impressionnent que très peu et l’on préfère se raccrocher aux motivations personnelles des protagonistes, malheureusement peu fouillées.

La Taupe s’avérait bouleversant dans sa façon de lier la peinture d’un monde terne à des histoires d’amour impossibles. En ne restant qu’à la surface de la nature de ses héros et du paysage perverti qu’il présente, Un Traître Idéal ne parvient pas à nous émouvoir ou nous clouer au fauteuil et ne retranscrit pas la complexité et la richesse de l’univers de Le Carré.

Ce contenu a été publié dans Critiques. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *