Critique : Une nouvelle amie – Personne n’est parfait

Affiche d'Une Nouvelle Amie de François Ozon. Sur un fond rouge,nous voyons une femme retournée en noir et blanc. Il s'agit en fait de Romain Duris. Le personnage d'Anaïs Demoustier regarde vers l'objectif avec un air amusé et intrigué.

Après le très réussi Dans la maison, François Ozon continue de cultiver le mystère avec Une nouvelle amie. Mystère qui n’a pas duré bien longtemps durant la campagne de communication. Si le principe d’un homme voulant devenir femme suite au décès de son épouse était rapidement révélé, il était difficile de prévoir l’évolution d’un script aux multiples possibilités.

Lors de la découverte de l’affiche et de l’intrigante bande-annonce, nous attendions un thriller hitchcockien influencé par Sueurs Froides et révélant une montée en pression due à la relation ambiguë entretenue par les personnages principaux.

Que nenni ! Le long métrage se concentre certes sur les rapports entre David et Claire, la confidente de la défunte mariée, mais Ozon préfère utiliser le registre comique pour aborder son sujet. On pense souvent à Claude Chabrol (La cérémonie) mais à l’inverse de Dans la maison, le cinéaste peine à nous entrainer dans son histoire et la tension ne s’installe jamais vraiment. Si la dernière partie s’avère plus intense et tente de nous déstabiliser, elle s’enlise malheureusement dans une conclusion gênante.

Photo de Romain Duris dans le film Une nouvelle amie. L'acteur est assis dans un fauteuil et nourrit un bébé. Il semble écouter un autre personnage.

Romain Duris (Paris) est parfait, en David comme en Virginia. Hélas, sa sincérité et son excentricité ne font pas l’effet escompté. Dans le rôle de la confidente bien trop impliquée, Anaïs Demoustier (Quai d’Orsay) est convaincante mais comme son partenaire, c’est son évolution qui déçoit. On ne s’attache pas à ces trentenaires qui, malgré leur réussite sociale incontestable et leur luxueuse résidence pavillonnaire, sont toujours à la recherche de leur identité. On les regarde développer une attirance mutuelle qu’ils sont censés refoulés au nom de leur passé commun sans rire des situations embarrassantes mais sans être mal à l’aise non plus. David et Claire redécouvrent leur sexualité et si Ozon n’aborde pas ce thème avec lourdeur, il ne réussit pas à surprendre le spectateur et cacher le manque de subtilité de certains dialogues derrière sa mise en scène léchée.

On ressort d’Une nouvelle amie comme de Potiche, avec l’impression d’être passé à côté d’une œuvre de laquelle on espérait beaucoup. Si la volonté du réalisateur était d’emmener le spectateur sur un terrain inconfortable, cela n’est pas le cas et l’on reste de marbre devant cette œuvre bien jouée et élégante qui manque cependant de panache et se révèle finalement très formelle.

On aurait aimé que le film soit à l’image des quinze premières minutes bouleversantes, durant lesquelles on voit Laura (Isild Le Besco), la meilleure amie et épouse, s’éteindre devant les yeux impuissants de ceux qui l’aiment. Si Une nouvelle amie n’est pas raté sur la forme, c’est le parti-pris de traiter un sujet « tabou » avec bien-pensance qui n’emporte pas notre adhésion malgré notre admiration pour un réalisateur audacieux, bien trop inégal dans le cas présent.

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