Critique : Vincent, François, Paul et les autres – Les géants

Affiche du film Vincent, François, Paul et les autres réalisé par Claude Sautet. Sur l'affiche, nous voyons les quatre personnages principaux incarnés par Yves Montand, Serge Reggiani, Michel Piccoli et Gérard Depardieu adresser un regard à l'objectif.

Trois amis de longue date font face aux aléas de la vie. La beauté des films de Claude Sautet réside dans leur simplicité. En une phrase, il est possible de résumer Les choses de la vie, César & Rosalie et le magnifique Vincent, François, Paul et les autres.

A l’image du reste de l’œuvre et de la majorité de la filmographie de Sautet, l’ouverture du long métrage est une scène de vie où le réalisateur offre à son spectateur de nombreuses émotions et sensations qu’il connaît et qu’il est toujours bon de voir au cinéma. En filmant un repas au ralenti où l’on s’étreint, s’affole et rit, Sautet résume en quelques secondes l’amitié et dévoile les caractères hétérogènes de ses personnages.

Il y a Vincent, ce chef d’entreprise qui traverse une crise financière et amoureuse. Tout semble bien aller pour Paul, écrivain qui n’a toujours pas terminé son premier chef d’œuvre et qui se concentre sur des commandes. François vit quant à lui une véritable remise en question car il s’aperçoit que sa femme lui échappe et qu’il a l’impression d’être médecin par dépit. Jean est le petit dernier de la bande, un boxeur promis à un bel avenir qui travaille dans la société de Vincent.

Photographie du film Vincent, François, Paul et les autres réalisé par Claude Sautet. Nous y voyons discuter Yves Montand et Gérard Depardieu, deux des personnages principaux.

En plein dans la cinquantaine, Vincent, François et Paul ne se ménagent pas. Ce n’est que lorsque l’un d’eux est victime d’une crise cardiaque que les doutes remontent et les font exploser. Moins déchirant et tragique que Les choses de la vie, Vincent, François, Paul et les autres aborde avec plus de douceur le combat individuel pour se maintenir et l’envie de vivre. Sautet montre l’importance du partage et du soutien dans la bande. Si Paul se remet à l’écriture et que François parvient à surmonter la fin d’une histoire amoureuse, c’est en grande partie grâce aux réactions encourageantes et parfois déstabilisantes de leurs proches. Les scènes que les protagonistes ont en commun influent sur le parcours et les décisions de chacun, à l’image du choix de Jean de relever le défi d’affronter un champion.

Les reproches, les regards tendres et les engueulades ont rarement sonné aussi juste que dans le cinéma de Sautet. Vincent, François, Paul et les autres est sans doute l’un des « films de potes » ultimes. Les interactions du groupe, leurs rapports plus intimes et surtout leur manière d’affronter la solitude immergent le spectateur dans leur vie au point de lui donner l’impression de les connaître une fois le film terminé. Ce n’est que lors du magistral dernier plan que Sautet remet de la distance entre les amis et le public qui redécouvre alors l’élégance, la complicité et la force des membres du groupe qui viennent de tourner un chapitre de leur vie ensemble.

Photographie du film Vincent, François, Paul et les autres. Nous y voyons deux des personnages principaux interprétés par Yves Montand et Michel Piccoli à la campagne, accompagnés par leur famille.

L’énergie d’Yves Montand colle parfaitement au personnage de Vincent, qui ne cesse de s’agiter pour se rassurer et tenter de faire illusion auprès de ses amis. Le regard doux et le calme de Michel Piccoli renforcent la complexité de François, tour à tour cruel et perdu face à sa femme. Personnage que l’on pense fragile, Paul ne cesse de surprendre au fil de l’œuvre, notamment lors de ses confrontations avec François. Petit et affichant un regard fatigué, Serge Reggiani semble être le membre le plus en retrait de la bande mais épate le spectateur lorsqu’il règle un conflit ou dévoile ses opinions après les railleries salvatrices de François. Enfin, Gérard Depardieu est l’outsider, la belle gueule capable de tenir à l’écran sans sourciller face à trois immenses comédiens, comme il avait su s’imposer quelques minutes face à Gabin et Delon dans Deux hommes dans la ville. Claude Sautet lui offre d’ailleurs un très beau passage avec un match de boxe durant lequel Depardieu, soutenu par ses amis inquiets et euphoriques, refuse d’abandonner et fait preuve d’une belle humilité. Ce combat résume bien le film, une lutte emplie de joie et de regrets qu’il est impossible de mener seul.

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