Critique : Dans la maison – Le voyeur

Affiche du film Dans la maison de François Ozon. Ernst Umhauer et Fabrice Lucchini assis sur un banc en face de la maison d'Emmanuelle Seigner, de l'autre côté de la rue. Umhauer observe Seigner sur son perron alors que Lucchini regarde Umhauer avec interrogation. Les deux sont pris de dos.

François Ozon est de retour. Après sa comédie Potiche, il retrouve Fabrice Lucchini dans un rôle qui lui va à merveille, celui d’un prof de français passionné qui croisera sur son chemin un élève surdoué qui s’amuse à un exercice voyeur. Qui donne une leçon à l’autre ? La distance entre réalité et fiction est-elle aussi grande que ce que l’on croit ? En découvrant la bande annonce, les premières images nous avaient laissées perplexes. Finalement, cette confrontation était-elle riche en suspense et perversité, ou Ozon a bien dupé son spectateur avec des extraits alléchants mais non représentatifs de son long métrage ?

Dès le début, le réalisateur parvient à nous mettre mal à l’aise en nous présentant ce jeune individu brillant mais doté d’une curiosité malsaine. Le cinéaste brouille les pistes, crée une atmosphère ambigüe dans laquelle le public se perd entre les fantasmes d’un étudiant qui s’invente une vie et ce qu’il voit et ressent vraiment. Comme le personnage interprété par Lucchini, nous nous prenons au jeu et avons toujours envie de connaître la suite, de découvrir des péripéties morbides même si nous sommes conscients que la vie de certains protagonistes est peut être en jeu.

Car Claude, ce lycéen exemplaire, n’arrive plus à se passer de la famille de Raphaël avec laquelle il goûte à une existence joyeuse qui ne pourra jamais être la sienne. La morale du film dérange mais Ozon a le mérite d’aller jusqu’au bout. Puisque je ne suis pas satisfait de ma vie, je vais regarder celle des autres et m’y immiscer, la bousculer. Il met en avant les fantasmes de l’être humain comme l’ont fait avant lui Alfred Hitchcock (Fenêtre sur cour), Brian De Palma (Pulsions) ou Michael Powell (Le voyeur). Il change constamment de point de vue et d’axe narratif. On finit par être perdu dans ce mélange des styles littéraires qu’expérimente Claude et en cela la réalisation d’Ozon est prodigieuse.

Photo d'Ernst Umhauer, Denis Ménochet, Emmanuelle Seigner et Bastien Ughetto dans le film Dans la maison de François Ozon. Les trois derniers sont assis dans un canapé à l'image d'une famille unie et le premier les observe avec un regard noir, debout et en retrait.

Malheureusement, s’il réussit à instaurer une véritable ambiance à la fois glauque et légère et à créer pour ses protagonistes de véritables enjeux, il ne parvient pas à les faire durer dans une dernière partie moins prenante, qui manque d’intensité mais qui sera rattrapée par la meilleure fin que le cinéaste pouvait donner à son film. Il faut également souligner quelques longueurs et des séquences pas forcément utiles qui viennent altérer légèrement notre plaisir.

Au niveau du casting, c’est un sans faute. Voir Lucchini parler de littérature, c’est toujours agréable et il faut reconnaître qu’il est particulièrement sobre dans le film, ce qui rend son personnage encore plus attachant. Kristin Scott Thomas (Nowhere Boy) ne nous déçoit pas. Pour la famille de Raphaël, Denis Ménochet (Inglourious Basterds) et Emmanuelle Seigner (Quelques heures de printemps) sont d’excellents choix car ils portent à merveille le côté beauf et la fragilité que Claude veut leur donner. Mais la véritable révélation, c’est Ernst Umhauer (Le moine), flippant avec son sourire gracieux et son regard angélique. On lui donnerait le Bon Dieu sans confession. C’est d’ailleurs ce que vont faire certains protagonistes, qui risquent de le regretter grandement.

Dans la maison est la surprise agréable de la semaine. Ozon installe un suspense avec maîtrise et on lui pardonne ses égarements dans la seconde moitié du film car il assume son propos jusque dans les dernières images, ce que tout le monde n’aurait pas osé faire.

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Une réponse à Critique : Dans la maison – Le voyeur

  1. Pourtant pas fan de cinéma français, j’ai de plus en plus envie d’aller voir celui-ci!

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