Critique : Django Unchained – I like the way you shoot, boy.

Affiche du film Django Unchained de Quentin Tarantino qui mêle le noir et blanc et la couleur rouge. Jamie Foxx est au centre de l'affiche, un revolver à la main et derrière lui se tiennent avec un regard sombre Leonardo DiCaprio et Christoph Waltz.

Voilà un an qu’on l’attend, ce fameux Django Unchained, qui appartient à ce genre de films cultes avant même d’être sortis. Tarantino sait provoquer l’attente de ses spectateurs avec ses visuels, ses teasers et ses bandes-annonces alléchantes. On savait qu’on allait prendre un véritable plaisir devant son nouveau long métrage. Mais on ne s’attendait pas à voir un western si complet, à la fois hommage à tous ses prédécesseurs et expérience singulière, comme c’est à chaque fois le cas avec le réalisateur.

Nous sommes deux ans avant la guerre de Sécession. Le docteur King Schultz, dentiste, achète à deux négriers Django, qui pourra l’aider à traquer le gang des frères Brittle. Petit à petit, les deux hommes tissent un lien d’amitié et décident de devenir partenaires. Mais Django a également une quête personnelle à accomplir. Il veut retrouver sa femme, Broomhilda, esclave à la solde de Calvin Candie. Ce dernier détient une gigantesque plantation. Django et Schultz s’y rendront ensemble afin de retrouver et sauver Broomhilda.

On l’espérait, cette première incursion de Tarantino dans le western. On avait compris que l’homme était un fan ultime de Sergio Leone en voyant le deuxième opus de Kill Bill. Mais Django fait partie du genre à part entière et l’on pourra même l’inscrire parmi les meilleurs de ces dernières années. En vous proposant la critique du magnifique The proposition il y a peu de temps, nous affirmions que certains cinéastes apportaient encore aujourd’hui des choses sublimes au western. Tarantino est de ceux-là. Une nouvelle fois, le bonhomme maîtrise son long métrage de bout en bout et aucun mouvement de caméra n’est laissé au hasard.

Photo de plateau du film Django Unchained sur laquelle la chaise de Tarantino est installée devant un décor ensanglanté. Le scénario est posé sur la chaise.

Dès les premières images avec l’apparition du générique dans une police qui évoque les westerns spaghetti de Corbucci ou Petroni, on sent les références du metteur en scène. Mais Tarantino ne s’arrête pas à ses influences italiennes. Au contraire, il puise même dans les œuvres de certains américains qui ont donné au genre ses lettres de noblesse, à l’image d’Henry Hathaway ou d’Howard Hawks. La quête personnelle de vengeance et la falsification d’identité du héros nous rappellent l’excellent Nevada Smith dans lequel Steve McQueen traquait les meurtriers de sa famille. La relation entre Schultz et Django nous ramène aux films d’Howard Hawks comme Rio Bravo (le Saint Graal de Tarantino) ou El Dorado. Il y a même dans les scènes d’action des ralentis et des effusions de sang semblables à ceux de Peckinpah (La Horde Sauvage) mais la violence est ici outrancière, moins mélancolique et plus cartoonesque.

Car Django Unchained ne manque pas d’humour. Christoph Waltz (Inglourious Basterds) est exquis, attachant et son élocution nous fait sourire à tous les coups, sans pour autant tomber dans le ridicule. DiCaprio (Les Infiltrés) fait dans le burlesque et cela lui va à merveille. Cependant, dans ses moments de furie, le comédien sait faire monter la tension et il prouve une énième fois que de sa génération, il est le meilleur. Même Samuel L. Jackson (Pulp Fiction), métamorphosé, cabotine dans la peau d’un vieillard noir raciste. Mais comme avec ses deux partenaires, notre rire n’est jamais moqueur et son jeu n’est jamais outrancier. Vous aurez également droit à quelques séquences d’anthologie, dont une qui présente le Ku Klux Klan d’une fabuleuse manière.

Photo de Jamie Foxx dans le film Django Unchained de Quentin Tarantino. Dans des montagnes enneigées, Jamie Foxx est face à l'objectif et brandit son revolver.

Malgré une durée de 2h40, Django ne manque jamais de rythme. Le film avance très vite mais n’hésite pas à se poser pour nous proposer de savoureux dialogues propres au style du réalisateur. Cette fois-ci, Tarantino décide de construire son œuvre de façon linéaire et l’on aura droit qu’à quelques courts flashbacks mais cela n’est pas plus mal. Au contraire, le récit gagne en ampleur. On pourrait parler de Django pendant plusieurs heures mais l’on finira sur le personnage principal, ce héros fragile qui devient de plus en plus fort et charismatique au fil du film. Son histoire d’amour avec l’excellente Kerry Washington (Le dernier roi d’Ecosse) est très touchante car Tarantino l’amène subtilement, lui que l’on croit pourtant excessif et grossier. Quant à Jamie Foxx, c’est le choix parfait. Il n’hésite pas à s’effacer pour mieux laisser s’affirmer ses collègues mais il est toujours présent, toujours dans notre esprit. Lorsqu’il roule des mécaniques sur du Rick Ross ou du Jerry Goldsmith, on reste bouche bée.

Django Unchained place la barre très haut pour ce début d’année. Badass, drôle, violent, complexe, léger, le film a toutes les qualités de Tarantino qui s’est une nouvelle fois fait plaisir en signant une fresque comme on n’en avait pas vu depuis bien longtemps et qui nous prouve que le western est l’un des genres les plus intéressants du septième art.

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