Critique : Dog Pound – Animal Factory

Affiche du film Dog Pound de Kim Chapiron. Nous y voyons le délinquant incarné par Adam Butcher hurler devant un fond noir. Des barbelés et des grillages sont visibles en bas de l'affiche.

Avec Kourtrajmé et ses potes Romain Gavras, Ladj Ly et Vincent Cassel, Kim Chapiron nous a offert quelques courts métrages cultes à l’image des Frères Wanted, des documentaires passionnants telles que les fabuleuses Mathématiques du Roi Heenok et bien sûr son long métrage Sheitan. Ce dernier, malgré ses gros défauts, confirmait un amour pour la culture urbaine et le cinéma de genre. Ce fameux mélange conférait au film une ambiance malsaine accentuée par les ressorts comiques et plaçait immédiatement Chapiron comme un réalisateur à suivre. Après un clip très réussi pour Oxmo Puccino, Chapiron est ensuite parti faire un tour aux Etats Unis pour concrétiser son second projet plein de promesses, Dog Pound.

Cette seconde réalisation confirme que Chapiron est l’un des rares cinéastes français qui n’hésite pas à prendre des risques en abordant des sujets sensibles souvent tournés en dérision dans des reportages pathétiques. Basé sur le Scum d’Alan Clarke, Dog Pound nous immerge dans une prison pour mineurs et nous fait suivre le quotidien de trois nouveaux venus qui vont devoir s’affirmer ou s’écraser pour survivre.

A nos yeux, le gros point fort du long métrage réside dans le fait qu’il est exempt de toute complaisance. Ici, pas de criminels dompteurs de souris ou adeptes du pain de maïs et pas de gardes tortionnaires ou au contraire dotés d’une bonté sans égale. Les jeunes assument leurs erreurs et sont confrontés aux conséquences, certes démesurées, de leurs actes. L’évolution opposée des personnages principaux se révèle passionnante et Chapiron réussit à susciter de l’empathie pour les trois. Dog Pound est une œuvre choc qui parvient à décrire un quotidien auquel il est impossible de s’identifier (et ce n’est jamais le but). L’objectif est de comprendre des individus forcés de réagir face à la violence des situations. Les réactions des trois adolescents paraissent parfois disproportionnées ou ridicules mais le spectateur n’a d’autre choix que de les accepter car il n’a jamais été confronté à ces décisions et ne peut donc porter aucun jugement.

Photo d'Adam Butcher dans le film Dog Pound de Kim Chapiron. Butcher est entouré d'autres délinquants qui semblent attendre dans une salle du centre de redressement.

Des films de prison, il y en a déjà eu un paquet mais Dog Pound se distingue de ses prédécesseurs car il fait le constat d’une génération perdue qui n’a plus aucune notion de frontière entre le bien et le mal. Son seul objectif est de survivre et les critiques qui ont dénoncé la violence gratuite de l’œuvre, sa volonté d’impressionner et son absence de point de vue sont donc passés à côté du propos. Dog Pound aborde avec brio les relations humaines au sein d’un environnement cruel et l’obligation de faire resurgir son instinct primitif pour s’en sortir.

La construction fut compliquée pour Chapiron en particulier à cause de certains interprètes, dont Adam Butcher qui a fait deux allers-retours en garde à vue pendant le tournage. C’est lui, le héros du film et Butcher dégage une véritable rage qui laisse parfois pantois. Dans ses accès de violence, il est totalement crédible et l’on n’est pas étonnés de savoir que l’acteur est un impulsif dans la vraie vie. Pour les autres comédiens, ils sont pour la plupart amateurs mais se révèlent tout aussi brillants.

Dans Dog Pound, Chapiron se détache de tous les excès qui nuisaient à Sheitan et prouve que le cinéma de genre de français en a encore dans le ventre. A ranger parmi les grands longs métrages abordant l’univers carcéral.

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