Critique : Frankenweenie – Enfin !

Affiche du film Frankenweenie sur laquelle le chien créé par Frankenstein est au centre devant une pleine lune imposante. Les personnages secondaires, à commencer par le jeune scientifique, se tiennent au second plan devant leur village.

Cette semaine, nous avons eu la chance de voir Tim Burton, venu pour nous présenter et nous parler de sa nouvelle création, Frankenweenie, inspirée de l’un de ses premiers courts métrages. Pour ce retour aux sources, le cinéaste a opté pour le dessin animé en stop motion qu’il avait déjà expérimenté avec le chef d’œuvre d’Henry Selick, L’étrange Noël de Monsieur Jack, pour lequel il avait signé le scénario et assuré la production. Ces dernières années, Burton nous a beaucoup déçus, s’enfonçant dans des blockbusters qui manquaient clairement d’originalité et dans lesquels on reconnaissait de moins en moins la patte de l’auteur (Dark Shadows, Alice au pays des merveilles). En a-t-on profité pour lui jeter des pierres lors de la projection de Frankenweenie ? Ou au contraire, le film et le débat nous ont-ils réconciliés avec celui qui a nous a émerveillé avec Beetlejuice, Edward aux mains d’argent et Ed Wood ?

Victor Frankenstein est un enfant solitaire et réservé. Son unique compagnon est Sparky, un adorable chien avec lequel Victor partage toutes ses aventures. Lorsque Sparky est percuté par une voiture et meurt, Victor est déboussolé. Un soir, il tente de ramener son partenaire à la vie. Cette expérience va bouleverser sa vie mais également celles de ses proches et de tous les habitants de sa commune.

Après un Dark Shadows lourd au scénario vide de sens et aux personnages complètement bâclés, Burton revient pour nous raconter une véritable histoire où tout est maitrisé. Cela fait plaisir de voir un cinéaste revenir à ses origines pour proposer un récit d’amitié entre deux êtres attachants et où tous les autres protagonistes ont leur rôle à jouer, des parents aimants au professeur de science incompris, en passant par le maire psychorigide et sa fille gothique secrètement amoureuse du héros.

Parmi tous ces individus, vous en reconnaitrez certains, comme l’excellente Winona Ryder de Beetlejuice, le Rod Steiger de Mars Attacks ! ou tout le lotissement d’Edward aux mains d’argent. Avec ce cadre, Burton tire des situations humoristiques beaucoup plus convaincantes que celles de son dernier long métrage et même si l’on a l’impression qu’il se recycle, il le fait avec talent en nous proposant un film bourré de tendresse mais qui a tout de même sa part sombre, ce qui manquait clairement à Alice au pays des merveilles. Même si Frankenweenie est estampillé Disney, on sent que l’auteur développe sa vision des choses et n’a pas pour unique ambition de satisfaire les besoins d’un studio envahissant. Visuellement, le résultat est beau mais beaucoup moins impressionnant que les films de Selick. Le choix du noir et blanc aurait pu être considéré comme un manque d’audace mais il renforce l’ambiance gothique.

Affiche de Frankenweenie en hommage aux vielles affiches de la Hammer sur laquelle nous découvrons une chauve souris monstrueuse dans un cimetière.

Burton veut en plus rendre hommage à toutes les œuvres qui ont nourri son imagination. Le professeur de sciences est donc un sosie de Vincent Price (L’homme au masque de cire) doublé par Martin Landau qui jouait déjà Bela Lugosi (Dracula) dans Ed Wood. Le cinéaste nous a affirmé qu’il avait préféré travailler avec des personnalités qu’il n’avait pas retrouvé depuis longtemps à l’image de Catherine O’Hara (Edward aux mains d’argent) et Martin Short (Mars Attacks !). Encore une fois, on se dit que le réalisateur a tenu à mettre en boite un projet sincère et loin de ses récents dérapages.

Hommage aux films de la Hammer et au Frankenstein de Mary Shelley, Frankenweenie est un dessin animé qui mélange les genres et qui plaira aussi bien aux enfants qu’aux fans de la première heure. Dans sa dernière partie, le film prend un tournant très plaisant, peut être trop rapide, mais dans lequel Burton réussirait presque à nous effrayer, ce qui n’avait pas été le cas depuis bien longtemps.

Frankenweenie est à nos yeux le meilleur Tim Burton depuis Big Fish. Nous avons enfin retrouvé un réalisateur impliqué et passionné. Il a affirmé que chacune de ses œuvres représentait quelque chose d’unique pour lui et qu’il était incapable d’en choisir une mais que Frankenweenie était probablement l’une de ses plus personnelles. Il a ajouté qu’il allait prendre quelques mois de vacances. Si c’est pour nous sortir des projets de cet acabit durant les prochaines années, il peut prendre tout le temps qu’il veut, c’est certain.

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