Critique : Harry Brown – Michael Unchained

Affiche du film Harry Brown sur laquelle Michael Caine marche armé. Un gang de jeunes en bas d'un bâtiment est visible en haut à droite de l'affiche, comme pour signifier les ennemis de Caine.

Avant d’interpréter Alfred dans la trilogie du Dark Knight de Christopher Nolan, Michael Caine a eu l’une des carrières les plus impressionnantes et passionnantes du cinéma anglo-saxon. Ayant tourné avec Allen (Hannah et ses sœurs), Huston (L’homme qui voulut être roi) ou Mankiewicz (Le limier), le comédien britannique a prouvé qu’il était parfait dans tous les registres. On l’a vu dans la peau d’hommes romantiques (Alfie), de soldats (La bataille d’Angleterre) ou d’espions (Icpress). Mais c’est pour ses rôles de gangsters qu’on l’apprécie le plus. En effet, avec des longs métrages comme La loi du milieu ou L’or se barre, l’acteur a bâti sa réputation et l’attitude de ses personnages loyaux, cools et toujours très classes, est devenue légendaire. Paradoxalement, dans Harry Brown, il se retrouve à combattre des criminels qu’il aurait pu incarner. Mais trente ans plus tard, les valeurs ont bien changé, le code d’honneur a disparu et les voyous du septième art ne sont plus les mêmes.

Harry Brown est un retraité qui vit dans une cité londonienne. Lorsque sa femme meurt, Harry n’a plus que son ami Leonard à qui se raccrocher. Mais lorsque ce dernier est tué sauvagement par des jeunes du quartier, Harry se retrouve seul et décide de faire justice lui-même, comprenant que la police est impuissante et n’a aucun moyen d’arrêter les meurtriers.

Il est vrai qu’Harry Brown fait écho avec le Gran Torino de Clint Eastwood. Pourtant, il ne s’agit pas du tout d’une copie puisque les deux films ont été tournés quasiment au même moment. Même si nous adorons le long métrage d’Eastwood et qu’il s’agit probablement de sa meilleure œuvre sortie ces dernières années, il faut avouer que nous avons une préférence pour Harry Brown. Pas pour sa réalisation, très banale et plus faible mais pour son sujet qui est traité avec moins de bons sentiments et avec une hargne qui nous a laissés sans voix. Car s’il y avait de l’espoir et une histoire d’amitié dans Gran Torino, il n’en est rien dans Harry Brown. Ici, tout est noir, tragique et la montée en tension nous fait comprendre que les événements ne vont pas aller en s’arrangeant. Daniel Barber dresse, en utilisant le principe du revenge movie classique, un constat social accablant qui dénonce les conditions de vie des quartiers anglais.

Photo de Michael Caine dans le film Harry Brown. L'acteur est pris en contre-plongée dans un tunnel piéton de la banlieue londonienne. Il est armé et semble contempler une victime.

On sait que les britanniques savent allier cinéma de genre et réflexion sur la société et Harry Brown peut se placer à côté d’œuvres comme Attack the block ou la série Misfits qui, à travers leur récit fantastique, réussissaient à nous immerger dans le quotidien d’individus généralement peu mis en avant de cette manière dans le septième art. Noir, violent et fataliste jusque dans les dernières minutes, Harry Brown est un thriller efficace avec son lot de scènes hardcores qui mettent parfois très mal à l’aise.

L’intérêt principal du film, mis à part ce propos dévoilé intelligemment, c’est bien sûr sa tête d’affiche. Touché par la grâce une nouvelle fois, Caine est poignant, sans pitié et fait preuve d’une sobriété exemplaire, ce qui n’était pas le cas d’Eastwood dans Gran Torino. Ici, on ne s’attarde pas sur le passé douloureux du héros et l’on ne cherche pas à lui donner des excuses pour ce qu’il s’apprête à faire. Lorsqu’il bascule dans la violence, Harry Brown assume ses actes jusqu’au bout et n’est pas rongé par les remords. Barber nous propose le portrait d’un homme loin d’être réactionnaire mais qui perd les pédales lorsqu’il comprend qu’il n’a plus sa place dans une société qui l’a oublié.

Même s’il nous a émus dans la trilogie du Chevalier Noir, fait rire dans Les fils de l’homme ou intrigués dans Le prestige, découvrir Michael Caine dans ce polar est un véritable régal et le comédien nous rappelle, à près de 80 ans, que le trench noir et le Colt 45. lui vont à merveille.

Ce contenu a été publié dans Critiques. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

3 réponses à Critique : Harry Brown – Michael Unchained

  1. L'accro aux dvd dit :

    J’y jetterai un oeil, votre papier m’intrigue. Je retiens aussi sa grosse performance dans « l’oeuvre de Dieu la part du Diable », un film passé inaperçu de ce côté de l’Atlantique mais avec une prestation de Caine juste incroyable. Il me semble qu’il a ou failli remporter une récompense pour cette prestation d’ailleurs.

  2. dasola dit :

    Rebonsoir, Michael Caine n’est pas en cause, mais j’ai trouvé ce film très violent (violence gratuite?) qui m’a mise mal à l’aise. Bonne soirée.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *