Critique : J.Edgar – Rendez-vous manqué

Affiche de J. Edgar de Clint Eastwood sur laquelle Leonardo DiCaprio est pris de près et semble parler à une assemblée avec conviction.

Une chose est sûre, on attendait ce J.Edgar de Clint Eastwood avec une grande impatience. Le cinéaste de plus de 70 ans n’arrête pas de nous épater, s’attardant sur des sujets qui lui tiennent à cœur et qui font que nous le considérons aujourd’hui comme un cinéaste intimiste et humaniste et non plus comme le réactionnaire décrié dans les années 70 par de nombreux critiques français notamment pour la très bonne saga de L’inspecteur Harry.

Tout d’abord, on peut dire qu’Eastwood n’a plus rien à prouver lorsqu’il tient une caméra et on le ressent immédiatement dans son nouveau film. Des idées, il en a toujours, comme par exemple celle de présenter deux visions du FBI à travers une salle de cinéma qui jouent deux films de James Cagney à différentes époques. On est toujours séduit la photographie de Tom Stern qui profère aux œuvres du géant leur esthétique penchée sur les couleurs froides. On se rend compte que Clint sait toujours aussi bien dirigé ses acteurs, qui ont souvent été primés pour leur rôle dans ses films (Morgan Freeman, Sean Penn…). On aime la première demi-heure du film qui nous présente cet homme ambitieux, ultra-patriotique, maniaque et paranoïaque qui parviendra à créer l’une des institutions les puissantes des Etats Unis et du monde, le F.B.I.

La question que l’on se pose est la suivante : fallait-il vraiment que ce soit Eastwood qui réalise un film sur Hoover ? On attendait une sorte de reconstitution historique nous montrant tous les travers et les agissements de l’homme qui a, entre autres, été surnommé « le plus grand salaud d’Amérique ». Au final, on a l’impression d’avoir un résultat très sage. Certes on évoque Kennedy, Capone, Dillinger ou Luther King mais sans vraiment les aborder. Eastwood reste en surface. On a le sentiment qu’il refuse de prendre parti, préférant rester en retrait, et en cela le récit en devient beaucoup moins passionnant qu’on aurait pu l’imaginer. Ayant pour prétexte la pudeur, il se focalise sur les relations du personnage avec sa mère couveuse et son bras droit pour lequel il éprouve des sentiments amoureux. On est touchés mais pas bouleversés car on sait que l’on regarde Hoover. On voit que l’homme est un lâche qui désire avoir les projecteurs sur lui et n’hésite pas à utiliser les moyens les plus douteux comme la mise sur écoute pour obtenir des résultats. On constate aussi l’importance que le bonhomme a voulu accorder aux scènes de crimes, et qu’il est l’un des innovateurs des enquêtes policières.

En revanche, tous les événements politiques les plus importants sont passés à la trappe. Eastwood tourne les pages de l’histoire trop rapidement et se concentre sur l’enquête liée au kidnapping du fils de Charles Lindbergh, intéressante mais jamais passionnante à un tel point que l’on frôle l’ennui.

Eastwood tente l’objectivité et essaye de montrer tous les côtés d’Hoover, positifs et négatifs, mais nous ne sommes pas convaincus. Sachant que le cinéaste est un républicain pur et dur, on finit par se demander : est-ce le vrai J.Edgar qui nous est présenté ? Le doute reste là.

Photo de Leonardo DiCaprio regardant son téléphone sonné, assis à son bureau dans le film J. Edgar de Clint Eastwood.

Néanmoins, on ne peut que souligner la qualité de l’interprétation, et le travail des maquilleurs. DiCaprio est brillant, comme à son habitude, mais on l’a connu en meilleure forme, notamment dans Aviator. On souhaite une longue carrière à Armie Hammer (The Social Network). Malheureusement, le personnage de Naomi Watts est sous exploité.

De cette collaboration de deux grands, nous étions en droit de nous attendre à une véritable plongée à la fois au cœur du personnage, de ses agissements, mais aussi du contexte politique et social et de son évolution. A l’arrivée, un drame intimiste loin d’être mauvais mais qui ne nous a pas convaincu. Ce n’était malheureusement pas le traitement espéré pour un personnage comme Hoover. Un léger faux pas pour deux monstres du cinéma américain.

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