Critique : La corde – Le film était absolument parfait

Affiche peinte du film La Corde d'Alfred Hitchcock sur laquelle James Stewart tient une corde en regardant vers le spectateur.

On ne présente plus Alfred Hitchcock. La scène de la douche de Psychose, celle de l’orchestre dans L’homme qui en savait trop, la fabrication de savons dans Fight club et la gigantesque séquence des ramoneurs dans Mary Poppins… Alfred Hitchcock aura marqué le septième art, c’est certain. S’il a su prouver qu’il était à l’aise dans tous les genres, c’est néanmoins pour ses suspenses insoutenables qu’on se rappellera de lui. Le cinéaste a donné ses lettres de noblesse au thriller. Il nous a tenus en haleine en filmant un homme cloîtré chez lui, la jambe dans le plâtre, qui décidait de se rincer l’œil en matant ses voisines. La plupart des grands artistes d’aujourd’hui ont rendu hommage à Hitchcock dans leur carrière. Brian De Palma, Martin Scorsese, Renan Luce… Quand des pointures de cet acabit avouent s’inspirer d’un homme, c’est que ce dernier est un génie. Et le film La corde ne viendra pas contredire cette affirmation.

Deux jeunes de la haute société décident de commettre un meurtre pour vivre des sensations fortes. Après cette expérience unique, les deux amis organisent une soirée à laquelle tous les proches de la victime sont conviés. Le dîner se déroule à merveille et les invités ne se doutent pas une seconde qu’à l’intérieur du coffre sur lequel ils sont en train de manger se trouve le corps de leur fils, leur fiancé ou leur ami. Les tueurs n’hésitent d’ailleurs pas à faire quelques allusions directes à leur acte épouvantable mais personne ne s’en aperçoit. Sauf leur vieux professeur de philosophie, qui commence à se douter de quelque chose.

La corde prend une trajectoire bien différente de certaines œuvres du cinéaste telles que L’inconnu du nord express ou Psychose. En effet, le meurtre n’est pas l’élément qui fera basculer le récit mais son point de départ. Hitchcock se dresse en fin psychologue et nous plonge dans les délires de deux jeunes satisfaits qui s’ennuient dans leur quotidien et pensent que le meurtre les élèvera et leur permettra d’être supérieur aux individus « normaux ». Si la morale est lourde, Hitchcock nous la présente avec finesse et n’oublie pas que le but principal de son long métrage est de donner du plaisir à son spectateur.

Photo de James Stewart dans le film La Corde d'Alfred Hitchcock. Dans un appartement, Stewart se trouve entre les deux meurtriers du film et mène son enquête en leur posant des questions.

Et justement, ce dernier se régale. Il s’émerveille devant la mise en scène parfaite du réalisateur, qui enchaîne des plans séquences mémorables, utilisés avec brio pour faire monter la tension. Il est heureux de retrouver un James Stewart (Harvey) farfelu mais terre à terre, qui nous offre à la fin du film l’un des plus brillants monologues de sa carrière. Rarement un huis clos aura été aussi passionnant et prenant. En termes de narration cinématographique, Hitchcock est quasiment inégalable. Il avait ce don de pouvoir aller à l’essentiel tout en prenant soin de chaque détail, que ce soit un objet disposé à un endroit précis ou le regard d’un comédien qui en dit beaucoup plus que les paroles.

La corde est à (re)découvrir absolument. Ce n’est pas notre Hitchcock préféré, mais c’est une très bonne leçon de cinéma. Enoncer un message de paix en analysant un acte violent est une chose difficile à faire sans tomber dans les clichés, le manichéisme ou la naïveté. Chapeau.

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3 réponses à Critique : La corde – Le film était absolument parfait

  1. Jean-Luc Reichmann dit :

    La fabrication de savons dans Fight Club ?

    Les Hitchcock manquent clairement à ma culture, je n’ai vu que Vertigo ! Je pense que je vais m’acheter un coffret un de ces 4, si j’en trouve un pas trop cher !

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