Critique : La Taupe – Elle vaut beaucoup mieux que René

Affiche du film La Taupe de Thomas Alfredson sur laquelle nous découvrons les visages des personnages principaux dans un montage qui rappelle l'univers de l'espionnage. Au milieu de l'affiche se tient Gary Oldman debout, observateur.

John Le Carré est un écrivain qui a vu un bon nombre de ses livres connaître des adaptations cinématographiques, comme La maison Russie ou Le tailleur de Panama. La taupe avait lui même déjà été porté à l’écran par la célèbre chaine anglaise BBC, mettant en vedette le grand Alec Guinness (Le pont de la rivière Kwai). Nous n’avons pas vu cette mini-série. En revanche, nous avons été éblouis par cette nouvelle réappropriation effectuée par Thomas Alfredson, réalisateur suédois qui nous avait déjà séduit avec Morse (2008), centré sur l’univers des vampires.

L’oeuvre n’a rien du film d’espionnage pétaradant style Bourne et compagnie. Au contraire, nous sommes dans une atmosphère froide, relativement calme mais constamment tendue. Cette ambiance, le spectateur la ressent parfaitement grâce à la brillante réalisation. On tente de mener l’enquête, de savoir qui est la taupe. Mais à vouloir chercher trop vite, on finit par se perdre. Le récit volontairement déstructuré qui alterne entre différents lieux et époques sans explications concrètes comme c’est le cas dans la plupart des films d’action (Mission Impossible…) prend toute sa cohérence au fur et à mesure du film. Alfredson ouvre les pistes, les laisse en suspens. On craint ne pas avoir les réponses, on a l’impression d’être dans un récit confus ou plusieurs intrigues s’entremêlent. Mais elles finissent toujours par rejoindre l’axe principal. Les explications viendront, naturellement, et l’on est comblé. La mise en scène est magistrale, totalement maîtrisée, et l’on s’étonne même de ne pas voir Alfredson sur le banc des nommés pour l’Oscar du meilleur réalisateur.

Le scénario nous emmène dans les couloirs du MI6 durant la guerre froide dans lesquels un agent double à la solde des services secrets russes est infiltré. Avant sa mort, le directeur exprime ses doutes à ce propos et confie à l’un de ses hommes qu’il s’agit sûrement de l’un des cinq membres les plus hauts placés du service. Plusieurs éléments viendront renforcer cette thèse, mais la taupe reste introuvable. L’intrigue est passionnante. La lenteur de la mise en place nous fait pénétrer dans cet univers où la confiance n’est pas vraiment le mot d’ordre. On a le sentiment d’assister à l’une des œuvres les plus abouties et réalistes sur le sujet, qui n’est pas sans rappeler les films des années 70 comme Les trois jours du Condor de Sydney Pollack ou Osterman Week-end (1983) de Sam Peckinpah (La Horde Sauvage).

Il faut le souligner, le casting est l’un des plus réjouissants de l’année. Gary Oldman brille dans le rôle de cet espion solitaire, pragmatique et silencieux. Même s’il est clairement mis en avant, aucun second rôle n’est oublié et tous les acteurs effectuent des prestations magistrales, de Tom Hardy (Warrior) à John Hurt (Midnight Express) en passant par Colin Firth (Le discours d’un roi), Benedict Cumberbatch (War Horse) ou Mark Strong (Sherlock Holmes).

Photo de Mark Strong dans le film La Taupe avançant dans une rue.

Ponctué par une fin poignante, toute en regards et en non-dits qui nous confirme l’idée que La Taupe est non seulement un très grand film d’espionnage, mais aussi une œuvre forte traitant d’amour et d’amitié, on reste éblouis et l’on sait que l’on s’en souviendra longtemps. On espère qu’il sera récompensé aux Oscars, et pour nous, l’appellation chef d’œuvre est justifiée.

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