Critique : Lady Vegas – L’oublié de l’été

Affiche du film Lady Vegas de Stephen Frears qui présente sur un montage photo les portraits des quatre personnages principaux ainsi que leurs caractéristiques.

La canicule est arrivée. Hier, Tony Scott a fait un plongeon et malheureusement, cette tentative de rafraîchissement lui aura été fatale. Nous ne pourrons plus apprécier au cinéma ses blockbusters sympathiques (Spy Game), ses collaborations avec Denzel inégales (Man on fire, L’attaque du métro 123) mais reflétant toujours la belle complicité du duo, certains thèmes musicaux inoubliables (comme celui-ci). D’ailleurs, en se remémorant l’un de nos films préférés du cinéaste, le jouissif Le dernier samaritain, on se dit que Bruce Willis n’a pas toujours joué aussi platement que dans Lady Vegas.

Bruce n’arrive plus à suivre au niveau des impôts. Il accepte tout et n’importe quoi. Ces dernières années, Willis a été crédité au générique de longs métrages tels que Clones, Top Cops, Braqueurs, Catch. 44 et bien sûr Lady Vegas. On ne va pas se mentir, ce n’est pas la grande forme. De temps en temps, il arrive à ressortir la tête de l’eau et se fait plaisir, comme dans Moonrise Kingdom ou Expendables 2, en salles demain. On l’attend au tournant dans Looper et G.I. Joe 2, qui sera, on l’espère, l’un des plus gros plaisirs coupables de 2013. Dans Lady Vegas, il n’est pas désagréable mais fait le minimum syndical. Il emprunte les chemises de Vincent Lagaf, remonte ses chaussettes jusqu’aux genoux pour amuser la galerie et pousse une ou deux gueulantes dans son bureau. Et c’est tout. Il n’y a d’ailleurs pas grand-chose de plus dans le nouveau Stephen Frears, que nous sommes justement allés voir à cause des problèmes de température.

En ce moment au cinéma, il n’y en a que pour les blockbusters ricains. Les distributeurs le savent, il est dangereux de sortir un film durant cette période. Pour se régaler, il faudra attendre le mois de septembre qui nous réserve de jolies choses telles que Killer Joe, Wrong, Des hommes sans loi, Premium Rush ou LOL USA (oui, vraiment). Du coup, on se rabat sur les petits malheureux qui doivent se faire une place aux côtés de The Dark Knight Rises ou L’âge de glace 4. Dans le cas présent, on comprend pourquoi le film n’a eu droit qu’à une sortie discrète, malgré le joli casting et la présence d’un réalisateur talentueux aux commandes. En effet, Lady Vegas manque cruellement de rythme et d’humour. Le spectateur n’arrive jamais à rentrer l’histoire d’une nunuche sympathique venue à Vegas pour lâcher son boulot de stripteaseuse et tenter d’intégrer le monde dangereux des bookmakers.

Photo de Bruce Williset Rebecca Hall dans le film Lady Vegas de Stephen Frears. Les deux acteurs sont chez un disquaire et rient ensemble.

Censé mettre en avant Rebecca Hall, la révélation de Vicky Cristina Barcelona et The town, Lady Vegas finit par lui porter préjudice car le personnage n’est pas attachant, son parcours inintéressant et l’actrice peine pour ne pas tomber dans le cabotinage. C’est bien dommage car Frears avait toutes les bonnes cartes en main pour réussir son œuvre. Comme dans l’excellent Les arnaqueurs, il bénéficie d’une belle distribution et d’un environnement (l’univers des paris) lui permettant de ficeler un récit mystérieux et entrainant. Mais sous prétexte qu’il veut mettre en scène une comédie légère, le cinéaste qui n’a plus rien à prouver (My Beautiful Laundrette, Les liaisons dangereuses) signe finalement l’un de ses films les plus oubliables.

Lady Vegas, ce n’est pas le nanar de l’année mais la déception est de taille car le manque d’ambition du projet se fait trop grandement ressentir. Même les auteurs reconnus font parfois dans l’insipide et cette fois-ci, on ira même jusqu’à conseiller aux plus réfractaires de séries B un film bourrin comme Expendables 2, qui aura forcément un message plus constructif et intelligent.

Ce contenu a été publié dans Critiques. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *