Critique : Le territoire des loups – Le plus beau des combats

Affiche du film Le Territoire des Loups de Joe Carnahan sur laquelle Liam Neeson est face à l'objectif, ensanglanté dans un paysage enneigé, prêt à combattre un loup. Il est pris en gros plan.

En 2002, Joe Carnahan dépoussiérait le polar noir, très noir avec le ténébreux Narc qui avait pour trame de fond la corruption policière. 4 ans plus tard, il revenait avec le petit objet culte qu’est Mise à prix, film de genre ultra maîtrisé au casting impressionnant et vraiment jouissif. Puis en 2010, il adapta l’une des séries télévisées de son enfance, L’agence tous risques dans une version plus moderne, plus violente, plus sexy, plus pétaradante, plus tout. Pas mal rabaissé par la critique, comme en faisant beaucoup trop et se perdant dans une intrigue moisie, le film mit en doute les opinions vis à vis du réalisateur. Chez Brozkinos, même si ce dernier est clairement son œuvre la moins aboutie, nous pensons tout de même qu’il s’agit d’un actionner tout à fait honorable qui remplissait son contrat. Entre les personnes déçues et ceux comme nous qui croyions encore en Carnahan, tout le monde était curieux vis à vis de The Grey, rebaptisé Le territoire des loups en français.

L’intrigue nous laissait néanmoins perplexe. Suite au crash d’un avion, des hommes tentent de survivre dans une nature hostile face à des loups. Rien de vraiment original puisque l’on a déjà vu tout cela notamment avec des our, dans A couteaux tirés du bien nul Lee Tamahori (Next) et, en partie, dans le très beau Jeremiah Johnson de Sydney Pollack. Mais Carnahan a eu l’excellente idée de centrer son récit, non pas sur les bêtes mais sur un homme en particulier, un anti-héros qui porte les traits de Liam Neeson, phénoménal, qui retrouve son meilleur rôle depuis Qui Gon Jinn dans Star Wars – La menace fantôme. L’acteur incarne un être brisé par la mort de sa femme, hanté et suicidaire, mais qui va lutter avec une détermination impressionnante grâce à son instinct de survie. Avec seulement un regard, il parvient à nous convaincre et à prouver qu’il est un grand comédien. Dans les premières minutes, on le découvre travaillant pour une compagnie pétrolière en Alaska, protégeant les employés des loups (ironie du sort) à l’aide d’un sniper. On comprend que tous les protagonistes, uniquement des hommes, vivant dans une petite ville d’Alaska, vont passer d’un univers animal à un autre mais dans lequel ils ne seront pas maîtres.

Photo de Liam Neeson et Joe Carnahan discutant sur le tournage du Territoire des Loups.

Liam Neeson & Joe Carnahan

La force de l’œuvre est son parti-pris réaliste. Les hommes sont perdus et le savent mais se battent tout de même tout en sachant que la mort rôde à quelques mètres. Les bêtes, quasiment invisibles, guettent le moindre faux pas et n’agissent que lorsque l’opportunité se crée, en véritables chasseuses impitoyables. Lorsque Neeson annonce à l’un des rescapés qu’il va mourir et qu’il l’accompagne jusqu’au bout, on est bluffé. Le ton est donné. Comme dans tous les survival, et c’est sans doute le côté le plus intéressant, les survivants doivent faire face au danger extérieur mais également à leur propre nature. L’aspect psychologique est clairement mis en avant et les réactions de chacun sont à la fois surprenantes et compréhensibles.

Paradoxalement, Neeson, individu le plus solitaire, va faire comprendre aux autres qu’ils devront s’aider et unir leurs forces pour aller le plus loin possible. Aucun héroïsme typiquement américain n’est retranscrit et malgré leur respect les uns pour les autres, les personnages n’iront pas jusqu’à tisser des liens d’amitié à toute épreuve car nous ne sommes pas là pour ça. Carnahan parvient à nous toucher même dans les situations de tension et réussit à développer un sentiment d’empathie rare grâce à cette neutralité à cette volonté de filmer les hommes de façon quasi documentaire (même si la mise en scène est très stylisée), passant outre les situations spectaculaires et totalement improbables qu’il avait pu mettre en scène dans L’agence tous risques. Il remet les pendules à l’heure et prouve qu’il sait lui aussi faire du cinéma à la fois sérieux, émouvant, transmettant un message mais avant tout divertissant.

Le territoire des loups est une très bonne surprise qui devrait rabibocher les amateurs du Carnahan de la première heure avec le réalisateur. Pour ceux qui ne le connaissent pas, c’est également un très bon moyen de faire les présentations.

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