Critique : Les infidèles – Comédie trompeuse

Affiche du film Les Infidèles sur laquelle Jean Dujardin et Gilles Lellouche rient en regardant des filles qui marchent.

Sorti au bon moment, Les infidèles est actuellement en train de surfer sur le succès de The Artist et son acteur principal, Jean Dujardin. Mais au lieu de faire l’unanimité, le film à sketches de notre OSS 117 national et son compère Gilles Lellouche divise l’opinion. Les deux amis, comédiens, scénaristes et co-réalisateurs sur le projet nous avaient prévenus. Ils ont fait un film pour se faire plaisir sur un sujet sensible et avec une démarche censée exploiter le thème sous tous ses aspects.

Débutant sur une introduction assez réussie dans laquelle on nous présente deux potes mariés qui ne peuvent s’empêcher d’aller voir ailleurs et que l’on retrouvera dans un segment final à Las Vegas réalisé par les deux interprètes, Les infidèles donne le ton assez vite, flirtant entre humour potache et malaise. On rit, Dujardin et Lellouche sortent leur registre bobos parisiens façon Les petits mouchoirs et l’on comprend immédiatement le plaisir qu’ils ont dû ressentir à interpréter ces splendides salauds sans états d’âme et obligés de trouver une justification à leurs orgies.

Puis vient le sketch de Michel Hazanavicius, le cinéaste fraichement oscarisé. Dès les premiers plans, le décalage des OSS 117 est présent, Jean Dujardin aborde un physique tout droit sorti des Messages à caractère informatif et incarne un pervers voulant absolument coucher durant son sinistre séminaire d’entreprise. Hazanavicius joue avec son cadre, un hôtel de zone industrielle, pour renforcer l’aspect glauque de sa séquence et son acteur fétiche sort des mimiques qu’il est le seul à pouvoir retranscrire. Mais malheureusement, le court-métrage est trop long et traîne volontairement afin de souligner la lutte sans relâche de ce loser pathétique à vouloir trouver sa partenaire d’une nuit. On est à moitié conquis et l’on devine que ce ne sera pas dans l’humour que Les infidèles trouvera ses plus gros points forts, comme avait voulu nous le faire croire la campagne promotionnelle.

Photo de Gilles Lellouche et Jean Dujardin prenant un verre à l'extérieur d'un bar dans les film Les Infidèles.

Arrivent ensuite les deux segments les plus réussis à mes yeux. Le premier met en scène un orthodontiste amoureux transi d’une jeune étudiante farouche et pour laquelle il ne représente qu’un fantasme à réaliser. Lellouche s’avère touchant dans certains passages en solitaire dégueulasse perdu dans un monde de jeunes dans lequel il n’a pas sa place et qui finira par le faire déchanter. Le regard que sa femme pose sur lui, entre haine et regrets, prouve que les deux compères ne savent pas uniquement manier le gras et le vulgaire mais qu’ils maîtrisent aussi une certaine subtilité qui nous sautera à la figure dans le second sketch dramatique, réalisé avec brio par Emmanuelle Bercot. On y découvre une Alexandra Lamy bouleversante qui nous offre une prestation inhabituelle dans la peau de cette femme qui demande innocemment à son conjoint s’il l’a trompée et que la réponse viendra frapper en plein visage. Les dialogues sonnent très justes et c’est émouvant de voir ces deux conjoints dans la vie quotidienne se déchirer pour quinze minutes de film qui paraissent bien réelles.

Photo tirée du film Les Infidèles sur laquelle Jean Dujardin et Alexandra Lamy s'étreignent avec un air triste.

Les deux derniers sketchs sont les plus trashs, penchant plus vers un humour noir qui ne fait pas toujours mouche mais qui a le mérite d’atteindre son objectif en provoquant des rires jaunes teintés de dégoût pour les uns ou de culpabilité pour les autres. Lellouche et Dujardin, souvent taxés de beaufs, en incarnent deux gros dans le court-métrage des infidèles anonymes, accompagnés entre autres de Manu Payet et Guillaume Canet. Malheureusement, on reste sur notre faim et l’on n’éclatera jamais de rire malgré le potentiel qu’offraient les divers individus réunis pour aborder les raisons de leur tromperie.

Enfin, pour finir dans l’excès et l’outrance, Lellouche et Dujardin sont partis s‘éclater le temps d’une virée nocturne sur les boulevards et les casinos de Vegas. Ici, on enlève toute la simplicité et l’aspect dramatique évoqués précédemment pour laisser place à du bling-bling et du lourd. Lellouche vient du clip et ça se voit. Il parvient à combiner un minimum de séquences pour les étirer, les réutiliser parfois et remplir le sketch qui paraît vite bouclé. D’un côté, tourner dans la ville du Mirage et du Bellagio doit coûter relativement cher. La fin achèvera ceux qui s’ennuyaient ou avaient envie de vomir sur les deux acteurs depuis les premières minutes. Pas vraiment surprenante, elle prouve néanmoins qu’ils sont allés au bout du délire et du sujet et qu’ils ont osé, sans prendre en compte la censure, la bonne morale et les critiques qui allaient leur pleuvoir dessus.

A travers un panel de personnages assez complet, Lellouche et Dujardin parviennent à traiter d’un sujet relativement tabou dans l’Hexagone et à rendre hommage à un genre qu’ils admirent, le film à sketchs italien. Très inégal dans ses différents courts métrages, Les infidèles peut difficilement convaincre totalement mais il faut reconnaître que les deux amis savent exploiter des registres différents, avec certes, plus ou moins de talent.

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