Critique : Les Nerfs à Vif – Death Sentence

Affiche de la version originale des Nerfs à Vif. A travers un dessin, nous comprenons la dualité entre Gregory Peck et Robert Mitchum. Au centre du dessin, on aperçoit la femme et la fille de Peck.

On dit que les remakes dépassent rarement les œuvres dont ils s’inspirent. Généralement c’est vrai. A quelques exceptions près. David Fincher vient de le prouver avec Millenium qui, même s’il n’était pas supérieur au long métrage suédois, avait une utilité autre que les pépettes. Quand un cinéaste talentueux décide de se réapproprier le travail de ses prédécesseurs, cela peut aussi donner de très bonnes choses. Martin Scorsese l’a prouvé deux fois, avec Les infiltrés qui s’inspirait du très efficace Infernal Affairs et Les Nerfs à Vif, relecture violente d’un polar référence des sixties qui voyait s’affronter deux monstres sacrés. Et d’ailleurs, qu’est-il devenu avec le temps, ce film noir quelque peu oublié au profit de son successeur porté par un De Niro encore au top de sa forme ?

Lorsque Max Cady sort de prison après huit ans de détention pour agression sexuelle, il n’a qu’une idée en tête. Il souhaite retrouver celui qui avait témoigné contre lui, l’avocat Sam Bowden. Pour ce dernier, c’est le début d’une descente aux enfers. Décidé à se venger, Cady compte bien lui faire payer sa condamnation. Et pour cela, il n’hésitera pas à toucher sa femme et sa fille.

Réalisé par Jack Lee Thompson, cinéaste moyen qui a connu quelques fulgurances notamment avec Les canons de Navarone, Les nerfs à Vif est encore aujourd’hui un pur plaisir. Certes, les revenge movie sont de plus en plus trashs et le concept commence quelque peu à s’épuiser mais malgré cela, la confrontation entre les deux gaillards demeure savoureuse. Cady est un personnage fascinant, une sorte de monstre malin et déterminé qui n’a qu’une idée en tête, faire souffrir son prochain. Pour l’incarner, Thompson ne pouvait pas trouver meilleur comédien que Robert Mitchum. Dix ans après sa prestation magistrale dans La nuit du chasseur, l’acteur effectue ici une composition plus sobre. Calme jusqu’au bout, il ne perd jamais son sang froid et conserve son sourire narquois. Il en devient ainsi réellement flippant.

Photo de Robert Mitchum et Gregory Peck dans le film Les Nerfs à vif. Dans une rivière, Mitchum étrangle Peck et tente de le noyer.

L’autre intérêt de l’œuvre est le fait de voir un homme respectable basculé dans une violence inévitable et s’abaisser à son ennemi. Dans cette guerre des nerfs, le héros incarné par Gregory Peck (La malédiction), d’apparence assez réservée et pacifiste, va devoir monter des stratagèmes pour opérer à son tour sa vengeance. L’œuvre n’est jamais choquante et n’a rien à voir avec un film comme Les chiens de paille mais le propos est intéressant et très bien amené. La montée en pression est retranscrite à merveille, en grande partie grâce à ces deux interprètes de génie.

Dans la mise en scène, on peut dire que Scorsese surpasse l’original puisqu’il rend hommage aux références de l’horreur et signe un long métrage beaucoup plus brutal. En revanche, le duo Nick Nolte/Robert De Niro n’est jamais aussi bon que celui d’origine. De Niro préfère aller dans l’excès, ce qui est un choix volontaire et maîtrisé, et le Max Cady qu’il interprète paraît bien plus taré mais malheureusement, on a parfois du mal à y croire tant le comédien se lâche. Pour jouer les psychopathes imprévisibles, Mitchum était parfait et l’égaler est une tâche difficile.

Les Nerfs à Vif est un face à face magistral entre deux légendes qui manque légèrement de panache dans sa réalisation. On ne saurait dire si l’on préfère cette version ou celle de Scorsese, qui a su nous convaincre qu’il était possible d’apporter sa touche à un univers déjà mis en image tout en rendant hommage à son modèle.

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Une réponse à Critique : Les Nerfs à Vif – Death Sentence

  1. Je partage votre avis concernant le jeu outrancier de DeNiro (qui m’avait furieusement fatigué quand je l’avais vu en salles) qui avoisine celui de Hopkins dans le rôle du cannibale chiant.
    Ensuite, pour ce qui est de Jack Lee Thompson, je ne peux que l’aimer lui, car il a oeuvré dans les films rigolos bien flingués/fréquentés par Bronson. Quelles barres de rires a t’il pu nous offrir ce Jack ! Et son slasher, là, Le jour des fous, c’est bien de lui également il me semble ? Et le Alan Quatermain dans les mines du roi salomon… et… et… ah la liste est longue ! Sacré Jack ! ^^

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