Critique : Les Oiseaux de passage – Il était une fois dans l’Ouest

Affiche de Les Oiseaux de passage, sur lequel une femme incarnée par Natalia Reyes est vue de profil en tenue prénuptiale et se confond avec le ciel. Dans la partie basse de l'affiche, on retrouve d'autres personnages alignés, menés par José Acosta, et armés.

À la fin des années 60, en Colombie, Rapayet et Zaida se marient dans la tradition du peuple Wayuu. Quelques années plus tard, au début des années 70, Rapayet se lance dans le commerce de marijuana avec de jeunes Américains. Après une période florissante, le trafiquant voit son empire s’effondrer progressivement, et son âme disparaître.

La façon dont Ciro Guerra et Cristina Gallego, réalisateur des Oiseaux de passage, croisent la culture Wayuu avec les codes du film de gangsters est brillante. À l’inverse du Parrain, le long-métrage ne s’ouvre pas sur un mariage mais sur une danse prénuptiale superbement filmée. Après la jungle tropicale de L’Étreinte du serpent, c’est dans le désert que les réalisateurs plongent immédiatement le spectateur pour ne plus l’en sortir.

Photo tirée des Oiseaux de passage, sur laquelle la famille des personnages incarnés par José Acosta et Natalia Reyes est alignée.

À mesure que le film avance, les conditions de vie des personnages évoluent, contrairement aux étendues arides et statiques qui les entourent. En acceptant de traiter avec des étrangers dans un pays où le capitalisme réussit à se frayer un chemin, Rapayet et sa famille tournent le dos aux mœurs de leur culture et finissent même par les bafouer.

Dès lors que le personnage se lance dans la vente de drogue, des présages apparaissent, annonçant par le biais de rêves et d’hallucinations sa chute et celle de son entourage. Si la famille ne les ignore pas, elle a en revanche bien du mal à les accepter pour tenter de se racheter. Une fois que l’engrenage infernal est lancé, et que le profit est privilégié au détriment du code d’honneur des Wayuu, il devient inutile d’espérer un quelconque apaisement.

Photo tirée des Oiseaux de passage sur laquelle une femme vue de dos dans le désert observe deux hommes aux visages masqués par des linges blancs.

Les Oiseaux de passage parvient donc à immerger pleinement son audience dans une culture, à lui faire comprendre l’impact que l’histoire du pays a pu avoir sur elle, et à dévoiler ses préceptes avec des séquences symboliques mais suffisamment sobres pour ne pas verser dans un mysticisme caricatural. Pour cela, le long-métrage présente des personnages archétypaux et suit une trame narrative que n’auraient pas renié Jean-Pierre Melville, Francis Ford Coppola ou encore Martin Scorsese.

La place fondamentale des messagers, des conseillers, des hommes de main et de certains membres de la famille rappelle évidemment certains classiques du genre. Par ailleurs, le découpage du récit en différents chapitres, ou plutôt en différents chants, confèrent à cette fresque l’épaisseur qu’elle mérite. Les ellipses accentuent le poids des années, des péchés accumulés, des trahisons et raccourcissent le compte à rebours du temps qu’il reste à Rapayet avant de payer.

Alors qu’ils croyaient à une possible rédemption, Rapayet et Zaida, interprétés par les excellents José Acosta et Natalia Reyes, voient leurs espoirs être anéantis avec une cruauté sans nom dans le dernier acte des Oiseaux de passage. Cette conclusion contient d’ailleurs certaines des séquences les plus fortes et les plus fascinantes vues cette année, où la violence rend le calme assourdissant du désert particulièrement oppressant, et la fuite de ses protagonistes d’autant plus illusoire.

Les Oiseaux de passage est disponible en DVD et Blu-ray.

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