Critique : Luke la main froide – Prison Break

Affiche du film Luke la main froide de Stuart Rosenberg. En bas de l'affiche, Newman est étendu dans un champ en tenue de prisonnier, un sourire aux lèvres et une cigarette dans la bouche.

Paul Newman est incontestablement l’une des gueules d’anges les plus mémorables d’Hollywood. A une époque où l’on voue un culte pour des kékés décérébrés tels que Taylor Lautner (Twilight), on a tendance à oublier que des types comme James Dean (La fureur de vivre), Robert Redford (Out of Africa) ou Marlon Brando (Le Parrain) ne sont pas devenus des légendes uniquement grâce à leur physique avantageux. En effet, ces cadors ont toujours eu un avantage sur cette nouvelle génération élevée aux stéroïdes : ils savaient jouer la comédie.

Et ce don, Newman l’a exploité dans une carrière presque parfaite. De Marqué par la haine jusqu’aux Sentiers de la perdition, le comédien a souvent incarné des personnages rebelles et en marge de la société, à l’image de l’Eddie Felson de L’arnaqueur, de Hud, Le plus sauvage d’entre tous et bien évidemment de Luke la main froide, qui est à nos yeux son plus beau rôle.

Luke c’est cet homme joyeux et chahuteur qui est envoyé deux ans dans un camp de prisonniers pour avoir démonté des parcmètres. En découvrant l’environnement, Luke comprend très vite qu’il va avoir du mal à s’adapter et qu’il va devoir trouver une solution pour s’évader.

Si l’on devait rapprocher Luke d’un autre personnage emblématique du cinéma américain, ce serait probablement McMurphy, ce faux cinglé incarné à merveille par Jack Nicholson dans Vol au dessus d’un nid de coucou. Comme lui, Luke débarque dans un endroit qui ne lui est pas familier où des hommes vivent dans la soumission, l’irrespect et le rabaissement d’eux-mêmes. Et comme dans le long métrage de Milos Forman, ces détenus trouvent un confort et une sécurité dans ce lieu où ils exercent une activité et entretiennent des relations. Mais Luke, un homme normal, ni totalement bon et loin d’être foncièrement mauvais, réveille leur conscience et leur besoin de révolte en décidant de ne pas se plier à certaines règles.

Photo de Paul Newman dans le film Luke la main froide de Stuart Rosenberg. L'acteur est face à des oeufs qu'il doit manger et semble écoeurer.

Personnage complexe et fascinant, Luke est un modèle d’anticonformisme et de provocation sournoise. Malin, le personnage n’est pas une brute épaisse, un bagarreur ou un dur à cuire qui n’a que son plan en tête. Farceur et attachant, il représente l’intelligence et n’use jamais de la violence pour ridiculiser ses ennemis qui ne peuvent qu’utiliser l’isolement et leurs armes pour trouver le point de rupture des détenus. Le réalisateur Stuart Rosenberg rend ces bourreaux insupportables grâce à l’usage de symboles comme les lunettes du capitaine ou la voix du directeur.

S’il nous présente les employés de la prison comme des ordures, Stuart Rosenberg n’est en revanche pas là pour signer un film moralisateur et dénonçant certaines pratiques comme le faisait La colline des hommes perdus de Sidney Lumet. Nous sommes là pour suivre le parcours d’un individu rusé et insoumis qui humilie ses gardes. Si leurs réactions ne sont pas justifiables, elles restent néanmoins humaines.

Luke la main froide est également une belle histoire d’amitié et de solidarité. Parmi les compagnons du héros, nous retrouvons l’excellent George Kennedy (Seuls sont les indomptés), récompensé par l’Oscar du Meilleur second rôle pour son interprétation ainsi que les jeunes Dennis Hopper (Apocalypse Now) et Harry Dean Stanton (Paris, Texas).

Véritable ôde à la liberté, Luke la main froide est un film contestataire mais loin d’être enragé, dur mais bourré de moments légers. Toutes ces caractéristiques sont également représentatives du héros, un individu hors du commun et imprévisible qui est probablement l’un des plus intéressants que le cinéma américain nous ait offert.

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