Critique : Machine Gun Preacher – L’arme de paix

Affiche de Machine Gun Preacher sur laquelle Gerard Butler tient une AK_47 et protège un enfant.

Qu’est ce que le syndrome de l’histoire vraie au cinéma ? Cette phrase, « inspirée de faits réels » est de plus en plus placardée sur des affiches pour donner un aspect sérieux aux œuvres et les crédibiliser. Seulement elle sert parfois à déguiser de bons gros navets. Killer Elite, une histoire vraie ? OK, mec.  Il est évident que les cinéastes peuvent piocher dans l’histoire pour la remettre à leur sauce ou au contraire tenter de rester le plus réaliste possible. Encore faut-il que le résultat final ait une utilité, artistique et dans la réflexion qu’il provoque.

Marc Forster est un réalisateur très inégal qui tente de toucher à tout à la manière de Steven Soderbergh (Hors d’atteinte) parfois avec brio (L’incroyable destin de Harold Crick) ou au contraire avec un sens inné du copiage foireux (Quantum of Solace). Avec Machine Gun Preacher, il s’attaque au parcours atypique de Sam Childers, ancien motard, taulard, queutard reconverti dans l’humanitaire après son retour sur le droit chemin effectué grâce à la religion. Pour nous, ça peut paraître ridicule et absurde. A l’image de la première partie du film. On y découvre un Gerard Butler (Rock’n’rolla) dans un rôle de gros beauf abruti, toxicomane qui sort tout juste de prison pour mieux rabaisser sa femme (Michelle Monaghan) qui vient de tomber dans les bras de Jésus. Et en dix minutes, il le trouve lui aussi et décide de lui prêter main forte et d’agir en son nom. Il commence par construire sa société, sauver son ami interprété par le brillantissime Michael Shannon (Take Shelter), puis décide de partir au Soudan pour construire un orphelinat. Cette partie aurait pu être très intéressante d’autant plus que la rédemption du bonhomme est un passage capital pour le comprendre mais aussi pour que le spectateur s’accroche à son histoire. Malheureusement, Forster s’en sort mal, peine à donner une quelconque force émotionnelle et nous aligne diverses séquences bâclées avant d’entamer la partie qui l’intéresse vraiment.

Photo de Gerard Butler s'occupant d'enfants dans le film Machine Gun Preacher.

Cette volonté de filmer avec sincérité le travail de Childers au Soudan, le spectateur la ressent et se sent ainsi beaucoup plus impliqué. S’éloignant de Blood Diamond, qui utilisait brillamment la fiction pour mieux aborder frontalement le problème des diamants de sang, Machine Gun Preacher se rapproche plutôt d’Hotel Rwanda qui relate lui aussi le trajet d’un personnage réel au milieu de la guerre civile. Certains passages sont durs mais pas irregardables, et l’on imagine déjà les plus aigris dans leur canapé râler en prétextant un cinéma trop édulcoré tirant de grosses ficelles larmoyantes. Pour nous, cela constitue une force et l’œuvre pourra toucher un plus large public. Childers n’est pas seulement le constructeur de l’orphelinat. Il combat lui aussi, l’arme au poing, les rebelles de l’ARL. L’autre qualité du film, c’est qu’il n’est pas manichéen et Childers tue pour une cause honorable, mais il tue. Comme un artiste l’a si bien dit auparavant, il s’agit ici de « l’impossible équilibre, sans en tuer dix, pour que mille vivent ». D’ailleurs, il ne faut pas manquer le générique de fin, dans lequel le vrai Childers parvient à nous faire réfléchir avec une phrase tristement véridique.

On regrettera le manque d’intensité dans les scènes tournées aux Etats Unis, les séquences de combat parfois très mal filmées, les passages trop rares de Michael Shannon et la présence trop forte de la dimension religieuse qui ne plaira pas dans l’Hexagone et fait que le film ne connaîtra sûrement qu’une sortie en vidéo. Mais après tout, le personnage est comme il est et il fallait le montrer ainsi. Gerard Butler laisse tomber les comédies romantiques nazes et trouve un rôle qui lui convient parfaitement. Il a le ton juste, alternant parfaitement avec la brutalité du bonhomme et son envie de changer les choses. On l’attend au tournant dans Coriolanus, le récit shakespearien transposé à notre époque par Ralph Fiennes.

Pour un homme comme Childers, il aurait fallu un film beaucoup moins lourd et plus subtil. Forster ne prend pas vraiment de parti pris artistique et nous délivre une réalisation trop sage qui manque d’intensité. Cependant, l’œuvre parvient, malgré son classicisme, à provoquer un questionnement grâce au personnage qu’elle met en scène. D’ailleurs, si l’on regarde bien, les mots « True story » ne sont pas sur le poster, car Childers est déjà une légende aux USA.

Ce contenu a été publié dans Critiques. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *