Critique : Mains armées – Le polar français est-il encore vivant ?

Affiche du film Mains Armées de Pierre Jolivet sur laquelle Roschdy Zem et Leïla Bekhti sont face à l'objectif dans un couloir gris, tenant chacun une arme.

Pierre Jolivet est un cinéaste français inégal mais qui a su nous surprendre à plusieurs reprises (Ma petite entreprise). Après avoir enchaîné trois comédies sympathiques mais oubliables (La très très grande entreprise, Zim and co, Je crois que je l’aime), le réalisateur a décidé de s’attaquer au polar à la française avec Mains armées, sorti le mois dernier.

Lucas, flic opérant à Marseille, enquête sur un gros trafic d’armes organisé par des criminels serbes. Lorsqu’il monte sur Paris pour une opération, il contacte Maya, policière aux stups, pour obtenir plus d’informations. Mais Maya n’est pas qu’une simple collègue, c’est également sa fille. Les deux ne se connaissent pratiquement pas mais vont être amenés à collaborer sur cette enquête dangereuse qui les rapprochera et les confrontera à leur passé commun.

Avec Mains armées, Pierre Jolivet signe une tragédie familiale ancrée dans le milieu policier. Alexandre Arcady l’a fait dans la plupart de ses films en se penchant cependant du côté des criminels (Le grand pardon, Comme les cinq doigts de la main) et l’on sait qu’il est très difficile de ne pas tomber dans la caricature et le pathos avec ce genre de sujet. A ce niveau là, Jolivet assure et l’aspect dramatique du film est clairement le plus réussi. Les deux comédiens principaux, Roschdy Zem (Une nuit) et Leïla Bekhti (Tout ce qui brille) sont des choix parfaits et leur capacité à communiquer à travers les regards et les non-dits est énorme. Jolivet maîtrise l’art du silence et si l’on pensait que ses dernières images étaient décevantes au moment du visionnage, on finit par les trouver très subtiles et émouvantes en y repensant.

Photo de Roschdy Zem dans le film Mains Armées. Le visage ensanglanté, l'acteur pointe une arme vers une personne qu'on ne voit pas.

En revanche, le point faible du long métrage provient de l’intrigue policière, difficile à raconter tant elle est riche en éléments et en personnages secondaires. Jolivet nous perd par moments et même s’il n’y a rien à redire sur sa mise en scène, il faut reconnaître que le film est un peu trop long. Au final, Jolivet peine à créer un suspense même si son œuvre n’est jamais inintéressante. Les scènes d’action sont très peu nombreuses mais le spectateur sait qu’il n’est pas venu pour regarder une production Besson. Comme Olivier Marchal vient de le faire avec Les lyonnais, en utilisant cependant une narration totalement différente, il réussit à créer une ambiance sombre et nostalgique, poignante dans certaines scènes et prend son temps pour nous dévoiler une histoire dure traitée avec une grande subtilité. On n’ira pas jusqu’à le comparer à Melville (L’armée des ombres, Le deuxième souffle) ou Corneau (Police Python 357) mais le plaisir est là, et c’est bien le principal.

Malgré quelques longueurs et une intrigue qui s’éparpille, Mains armées est une nouvelle preuve que le polar noir français, dense et tendu, n’est pas mort. Porté par des comédiens irréprochables, dont un Marc Lavoine épatant malheureusement sacrifié sur la fin, le film de Pierre Jolivet est à l’image de ses précédents longs métrages, sobre et divertissant.

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