Critique : Malveillance – Les nerfs à vif

Affiche du film Malveillance sur laquelle une femme dort dans son lit. Les yeux ténébreux de Luis Tosar la surplombent comme pour souligner son oppression.

Si vous ne connaissez pas le cinéma de genre espagnol, Malveillance est un excellent moyen de faire les présentations. L’œuvre est réalisée par le cinéaste Jaume Balagueró, qui nous avait livré de jolies surprises telles que Darkness (2003), La secte sans nom (2000) ou l’excellent Rec qui bousculait les codes du film d’horreur, qu’il mettait en scène avec son compère Paco Plaza (Les enfants d’Abraham). Le long métrage va vous prouver que la maîtrise des ibériques dans la montée en tension cinématographique est complète.

César est un gardien aimable, ouvert et au service de tous les habitants de son immeuble. Mais la nuit, il aime bien rentrer chez la jeune Clara en secret pour la regarder dormir et détruire peu à peu son bonheur.

L’ouverture est magistrale. Balagueró joue dès l’entrée avec son spectateur en utilisant ce personnage en apparence équilibré. Mais très vite, on se rend compte que quelque chose cloche. Et durant tout le reste du film, on ne saura pas vraiment sur quel pied danser. En utilisant le point de vue du personnage principal et en incluant une voix off, à la manière d’Hitchcock dans Psychose (1960), il fait en sorte de nous rapprocher de lui, de participer à ses jeux voyeurs et morbides. Est-il un monstre ? Ou cache-t-il un secret qui l’oblige à agir de la sorte?

Photo de Luis Tosar face à l'objectif dans le film Malveillance. L'acteur, à l'entrée d'un immeuble, semble regarder un autre protagoniste.

Balagueró multiplie les pistes, suscite notre empathie notamment lorsque le concierge rend visite à sa mère mourante mais casse ce sentiment quelques secondes après en nous montrant ses actes pervers et sordides. On ne sait jamais vraiment ce que César mijote. Il est de ces êtres qui n’arrivent pas à trouver le bonheur et qui se sentent obligés de détruire la vie des autres. Il représente le mal à l’état pur. Jusqu’à la fin, Balagueró parvient à nous faire douter de ses intentions avant de terminer sur une note inattendue et immorale, à la fois terrible et réjouissante.

Malveillance n’a rien d’un film d’horreur classique. Ici, pas de sursauts, vous ne vous cacherez pas les yeux avec vos mains. Vous deviendrez témoins de ses folies, que vous regarderez avec curiosité et plaisir et c’est lorsque vous vous en rendrez compte que Balagueró réussira à vous mettre mal à l’aise. Lorsqu’il sera presque pris à son propre jeu, vous aurez envie qu’il s’en sorte alors que vous connaitrez parfaitement la finalité de ses actes, même si vous ne serez pas au bout de vos surprises. Le cinéaste crée une ambiance claustrophobe, notamment lorsqu’il colle sa caméra au plus près de son personnage principal quand celui-ci se planque sous le lit de l’innocente jeune femme. César nous déroute, et l’interprétation impériale de Luis Tosar n’y est pas pour rien. Le Malamadre de la claque Cellule 211 retrouve un nouveau rôle fort et prouve qu’il est, au même titre que Javier Bardem (Mar adentro), pas seulement l’un des meilleurs comédiens de son pays, mais également une valeur sûre du cinéma mondial. Avec son regard et son sourire terrifiants, il n’a pas fini de vous effrayer.

A l’image du Voyeur (1960) ou Tueurs Nés (1994), Malveillance est à ranger aux côtés des bonnes œuvres qui se placent du point de vue d’un psychopathe. Balagueró confirme qu’il est un metteur en scène virtuose. A l’instar de Juan Carlos Fresnadillo (28 semaines plus tard), il assure la relève de cinéastes comme Alejandro Aménabar (Les autres) ou Nacho Cerda (Abandonnée) et l’on peut être sûr que grâce à eux, l’horreur espagnole a encore plus d’un tour dans son sac. A se procurer sans regrets en DVD.

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