Critique : Man on Fire – Le plus chaud des combats

Affiche de Man on Fire de Tony Scott sur laquelle Denzel Washington protège Dakota Fanning dans un décor explosif.

Une chose est certaine. Denzel Washington a la classe. Mais pas n’importe laquelle. Il pourrait jouer un sac à main, il serait crédible et parviendrait à nous intéresser. Le bonhomme a toujours su donner une épaisseur à ses différents personnages, qu’ils soient du bon ou du mauvais côté de la barrière. On en arrive même à regarder certains films uniquement parce que son nom est au générique, même si le sujet ne nous emballe absolument pas. Il a su donner un intérêt à certaines œuvres pas terribles comme le récent L’attaque du métro 123 (2009) ou encore A l’épreuve du feu (1996).

Pour Man on Fire, il retrouve son ami Tony Scott (Déjà-vu, Top Gun) avec qui il a tourné 5 films. Pour nous, ce long métrage représente leur meilleur association. Washington y incarne John Creasy, homme au passé trouble qui décide de venir faire un tour au Mexique pour voir son meilleur ami (Christopher Walken). Ce dernier lui propose un poste de garde du corps pour la fille d’un riche entrepreneur. Pour Creasy, c’est l’occasion de décrocher en acceptant un travail relativement tranquille. Mais lorsque sa protégée, la jeune Pita est victime d’un rapt, Creasy décide de revenir à ce qu’il sait faire de mieux et retombe sans hésiter dans une violence extrême afin de se venger des ravisseurs.

Photo tirée du film Man On Fire de Tony Scott sur laquelle Dakota Fanning tend une fleur à Denzel Washington dans une rue.

Man on fire aurait pu n’être qu’une simple production Europacorp façon Taken (2008) ou Le transporteur (2002), divertissante et bourrée de séquences spectaculaires. Mais Tony Scott, réputé pour être un gros bourrin, n’a pas du tout choisi cette voie. Il préfère séparer son film en deux parties bien distinctes, mais pourtant similaires dans leur montage et leur réalisation. Car Tony Scott met en scène tout son long métrage à la manière d’un actionner. Il dynamise les scènes calmes à l’aide d’un découpage de génie qui enchaîne les plans qui ont en majorité une durée qui ne dépasse pas les dix secondes. Il s’impose ainsi comme un musicien des images et donne à Man on Fire un rythme ultra captivant qu’il agrémente avec des flashbacks et des incrustations de paroles. Grâce à ce traitement narratif intelligent, le spectateur ne perd jamais le fil. Ainsi, après 2h20 éprouvantes, on est rincé mais l’on aurait également aimé rester un peu plus avec Creasy.

Si Tony Scott aborde le problème des enlèvements et de la corruption avec une grande force, il développe surtout un anti-héros magnifique, épuisé par le poids des actes et des remords. A travers les travellings faits sur Washington, on ressent l’amour du metteur en scène pour son acteur et son personnage. Denzel fait également un travail remarquable, touchant dans la première partie dans laquelle on le voit s’attacher à cette petite fille adorable qui lui redonnera espoir, et redoutable dans la seconde où il n’épargnera personne pour accomplir son acte de justice. Ici, pas de bonne morale comme on a pu le voir dans Faster (2010) ou A vif (2007). Creasy nous rappelle plutôt des types comme le Josey Wales d’Eastwood (Josey Wales, hors la loi, 1976) ou le « Chauffeur » de Winding Refn (Drive, 2011). Froid, méthodique, il va jusqu’au bout des choses et fait preuve d’une détermination à toute épreuve. Pour les scènes difficiles, Tony Scott préfère un rythme frénétique à la violence gratuite, et en cela Man on Fire procure des poussées d’adrénaline et une ambiance qui parvient à nous mettre mal à l’aise sans pour autant tomber dans la boucherie voulue réaliste mais avant tout malhonnête.

Photo de Denzel Washington observant une arme qu'il tient avec désespoir dans le film Man On Fire de Tony Scott.

Man on Fire est probablement l’un des meilleurs films de Tony Scott qui surpasse la version de 1987 réalisée par Elie Chouraqui. Pour aborder un problème grave, Scott mise sur une esthétique singulière et une consistance du scénario qui fait la part belle à ses deux personnages principaux. Leur relation est bouleversante et Scott prouve, comme beaucoup avant lui, qu’on peut traiter un sujet d’actualité terrifiant et transmettre un message d’une très belle manière grâce au cinéma de genre.

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