Critique : Martha Marcy May Marlene – Le titre qui permet de vaincre la dysléxie

Affiche de Martha Marcy May Marlene sur laquelle nous découvrons le visage d'Elizabeth Olsen sur un montage aérien.

Un raz de marée de bonnes critiques est tombé sur ce film depuis un petit moment. « La deuxième claque de cette année après Take Shelter », « Un petit chef d’œuvre ». C’est toujours difficile de se mettre dans un long métrage en toute objectivité lorsqu’on entend que des avis unanimes. On ne va pas faire les mauvaises langues, Martha Marcy May Marlene est un très bon film. Excellent même. Chez Brozkinos, nous ne le qualifierons pas de chef d’œuvre, même si l’on a du mal à lui reprocher quoi que ce soit. Mais d’ailleurs, c’est quoi Marlene Marcy May Martha ? Non, Martha Marcy May Marlene. Nom de Dieu qu’est ce que c’est que ce titre ?

Malgré le grand nombre de prénoms que l’on peut distinguer, on ne suit dans cette œuvre que le parcours d’une seule femme. Elle s’appelle Martha. Durant les premières minutes on la voit s’échapper d’une ferme, poursuivie par d’autres jeunes gens qui tentent de la rattraper mais qui la laisseront tout de même s’en aller. Qui sont-ils ? Que cherche-t-elle à fuir ? Le film s’ouvre d’une manière très intelligente qui suscite notre curiosité. Dès les scènes de départ, muni de sa caméra à l’épaule, Sean Durkin nous fait comprendre le malaise de son personnage principal, sa sensation d’étouffement, qui ne la lâchera pas tout au long de l’œuvre.

Puis Martha passe un coup de fil à sa sœur qu’elle n’a pas vue depuis deux ans et lui demande de venir la chercher. Cette dernière vient la récupérer immédiatement et c’est à partir de là que l’on comprend le calvaire que vient de vivre notre héroïne. Ces autres personnes qui la suivaient font partie d’une secte, tout comme Martha auparavant, menée par un patriarche interprété par John Hawkes, hallucinant et terrifiant. Revendiquant des valeurs séduisantes pour ces âmes perdues, il cache derrière ce masque de meneur un psychopathe pervers complètement à la mass, dont les réactions imprévisibles donnent au film de véritables montées en tension. Sorti de cet univers glauque et coupé du reste du monde, Martha est perdue et ne sait plus où est sa place. Paranoïaque, elle reste très difficile à cerner tant son comportement est équivoque, ses réactions improbables à cause de l’idéologie que son guide spirituel lui a mis en tête. L’endoctrinement et la manipulation sont très bien représentés, à travers les flashbacks mais également à travers le décalage entre la jeune fille et sa sœur. On voit Martha céder petit à petit aux idées stériles de la « confrérie », comme l’ont fait avant elle ses partenaires. Les deux autres prénoms, Marcy May et Marlene représentent la place qu’elle occupe dans la secte, comme des grades qu’elle acquiert lorsque son implication grandit.

Choisissant le rôle du témoin plutôt que celui du donneur de leçons, Sean Durkin, surdoué qui nous livre son premier long métrage, nous met face à ces dangers par le biais d’une mise en scène choc qui n’utilise pas la violence visuelle pour nous mettre face au problème, comme le prouve la fin inattendue qui nous laisse sans voix. Ses cadres sont parfaits, sa photographie magnifique et son interprète principale, Elizabeth Olsen, brillantissime. Petite sœur des nunuches Mary Kate et Ashley Olsen, elle vient de nous convaincre qu’elle est une très grande comédienne. Bouleversante, on ne sait jamais quoi penser et comment aborder Martha, perdue entre deux mondes pour lesquels elle ne parvient pas à faire un choix.

Martha Marcy May Marlene est l’un des coups de cœur et coups de poing de ce début d’année. C’est une excellente surprise que l’on n’attendait absolument pas, mais qui n’est tout de même pas notre œuvre préféré du commencement de 2012. Si le cinéma continue de nous délivrer des petites perles telles que celle-ci au fil des mois, on pourra aborder la fin du monde avec sérénité.

Kévin Romanet

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