Critique : Mise à prix – Tueurs nés

Affiche de Mise à prix de Joe Carnahan qui rappelle une vitre brisée sur laquelle nous voyons certains des personnages principaux.

On pourrait croire à un énième film de bourrins, à un Fast & Furious sous acides ou à un petit frère des œuvres de Quentin Tarantino ou de l’escroc Guy Ritchie. Et l’on se tromperait. Car si l’on a oublié avec le temps ce très sympathique Mise à prix, il s’est tout de même imposé au fil des années comme l’une des plus belles surprises du genre et a surtout révélé un cinéaste prometteur, Joe Carnahan. Si celui-ci avait été descendu par la critique pour son oubliable Agence tous risques malgré le succès de Narc et du long métrage que nous vous présentons, il a su se relever et redonner ses lettres de noblesse au survival avec le magnifique Le territoire des loups.

Un premier essai sur la corruption policière, une adaptation d’une série télévisée remplie de scènes spectaculaires et la confrontation d’une bande de durs désespérés face à la nature. Carnahan, à travers tous ces sujets, s’est révélé être un pur réalisateur de films de genre. Et Mise à prix ne déroge pas à la règle. A nos yeux, il s’agit peut être de son travail le plus abouti et le plus ambitieux. Doté d’une histoire aux multiples personnages, Mise à prix nous en présente un en particulier, Buddy Israel, la pièce centrale de ce jeu meurtrier. Un contrat est mis sur la tête d’Israel par le mafieux Primo Sparazza, son mentor qui décide de se venger lorsqu’il apprend que la petite frappe collabore avec le FBI. Enfermé dans un penthouse, Buddy ne sait pas qu’une horde de tueurs à gages sauvages et méthodiques vont débarquer dans son hôtel pour toucher le million de dollars déposé sur sa tête. Evidemment, seul le meilleur meurtrier pourra remporter la partie.

Photo d'Alicia Keys et Common dans le film Mise à prix de Joe Carnahan/ Les deux comédiens sont dans les bras l'un de l'autre et Alicia Keys pointe une arme vers un personnage que l'on ne voit pas.

Au lieu d’avoir enchaîné bêtement les séquences spectaculaires dans l’hôtel, Carnahan a préféré développer chacun de ses protagonistes, qu’il soit du bon ou du mauvais côté de la loi. Les parcours de tous les tueurs sont relatés dans une introduction jouissive où l’on comprend qu’Israel n’est finalement pas le plus dégueulasse dans toute cette histoire. Pour construire sa galerie de dégénérés, Carnahan n’évite pas certains clichés mais ce n’est pas plus mal et cela rajoute une touche d’humour noir qui fait mouche. En une heure et demi, il parvient à déployer des enjeux dramatiques pour tous ces tarés qui se sont rejoints pour la fusillade de l’année. Il les rend attachants, même les pires d’entre eux (les frères Tremor, des barbares néo-nazis, sont revenus dans le deuxième opus malheureusement raté grâce à leur popularité). On est étonnés d’en voir certains mourir très vite et agréablement surpris d’en voir d’autres prendre une importance croissante, à l’image d’Alicia Keys et Common.

Carnahan aurait pu réaliser son The Raid, c’est à dire un long métrage enchaînant les combats et les fusillades mais dépourvu de toute émotion. Il a préféré, au lieu de foncer tête baissée, surprendre le spectateur avec des twists inattendus qui sont toujours cohérents dans l’ensemble malgré l’exagération totalement assumée. Et le plus fort dans tout ça, c’est qu’il a réussi à rendre Ryan Reynolds charismatique et transformer Matthew Fox en beauf méconnaissable.

Au final, on prend toujours un très grand plaisir à revoir cet excellent divertissement parfaitement maîtrisé dans sa narration qui n’était pourtant pas évidente à mettre en place. Un pur défoulement comme on n’en voit que trop rarement, qui n’a pas peur de se lâcher dans un tourbillon de violence outrancière jamais gratuite.

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