Critique : Misery – Le territoire des porcs

Affiche du film Misery de Rob Reiner sur laquelle nous distinguons la maison éclairée de Kathy Bates isolée au plein coeur des montagnes.

Il y a des films qui méritent d’être visionnés pour une scène emblématique, une image phare ou une séquence inoubliable. On se souvient du monologue de De Niro dans Taxi Driver, du célèbre cri « Attica ! » lancé par Pacino dans Un après midi de chien, de James Dean serrant un ours en peluche contre sa poitrine dans La fureur de vivre… Il y en a tellement qu’il est impossible de tout se remémorer. Mais tous ces extraits sont devenus cultes grâce à une reconnaissance critique ou publique et malheureusement il y a des passages qui n’ont jamais été reconnus à leur juste valeur. On pense à l’ouverture du fabuleux Humains, aux combats de Ben Affleck dans Daredevil ou encore à la fin majestueuse de Battlefield Earth – Champ de bataille. Pour votre plus grand plaisir, nous avons choisi un moment du film Misery qui nous tient particulièrement à cœur, que vous devez absolument revoir ou découvrir.

Dans ce long métrage, James Caan se retrouve malencontreusement bloqué dans la demeure de l’inquiétante Kathy Bates suite à un accident de voiture. Ayant les deux jambes cassées et ne pouvant accéder à un hôpital car la maison est totalement isolée, notre héros est forcé de cohabiter avec cette femme prévenante mais quelque peu dérangée. Le pire dans cette histoire, c’est que le personnage principal est écrivain et que sa première fan n’est autre que cette dame solitaire qui vit par procuration à travers les romans à l’eau de rose de Caan. Lorsque Bates découvre que l’auteur a fait mourir son héroïne favorite dans son dernier ouvrage, elle pète une durite et décide de lui faire vivre un enfer.

Photo de Kathy Bates dans le film Misery de Rob Reiner qui s'apprête à briser la jambe de James Caan allongé sur un lit avec une masse.

Avant toute chose, sachez que Misery est une œuvre fort sympathique. Adapté du roman de Stephen King, lui aussi très réussi, le film est une montée en pression qui a légèrement vieilli mais qui se regarde avec autant de plaisir notamment grâce aux prestations impeccables de James Caan (Le parrain) et Kathy Bates (Titanic), récompensée par l’Oscar de la meilleure actrice. La comédienne est réellement flippante et le spectateur la craint beaucoup plus dans ses moments de gentillesse que pendant ses crises de colère. D’ailleurs, le passage le plus atroce du film, qui s’avère être une véritable torture visuelle pour le public et pour James Caan aussi d’ailleurs, pauvre bougre cloué au lit, est celui où l’actrice nous fait une imitation, magistrale il faut le reconnaître, du cochon.

Photo de James Caan dans le film Misery de Rob Reiner, allongé sur un lit, blessé et agonisant.

Car dans le film, le personnage est fan de l’animal et se balade partout avec sa truie qu’elle a sobrement baptisée Misery. Et durant ces quelques secondes, le temps d’un plan fixe épouvantable, c’est Kathy Bates qui nous fait la misère. On ressent toute la détresse du héros, nous sommes comme lui, les jambes brisées scotchés à notre canapé. C’est pour ce plan novateur et inspiré que l’Académie des Oscars a décidé de refiler la statuette à l’actrice complètement habitée. Ceux qui vantent Brando pour ses prestations dans Un tramway nommé Désir ou Le parrain n’ont assurément jamais vu Misery. Sinon, ils ne jureraient que par Kathy Bates.

D’ailleurs, quelques années plus tard, le regretté Tony Scott nous livrait son remake du long métrage de Rob Reiner, Le fan, dans lequel Robert De Niro, autre adepte de la Méthode, reprenait le rôle de Bates et jouait lui aussi comme un porc, mais involontairement.

Si vous voulez voir une œuvre perverse dans laquelle vous adorerez voir un pauvre homme pris en otage par une cinglée, foncez sur Misery. C’est loin des comédies romantiques réalisées par Reiner (Quand Harry rencontre Sally) mais c’est tout aussi bon.

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