Critique : Mohamed Dubois – Case Départ

Affiche du film Mohamed Dubois d'Ernesto Ona. Eric Judor est en costume et tient un poster d'une djellaba. Des mosaïques évoquant notamment une mosquée sont visibles au second plan.

On ne va pas commencer à se justifier sur les raisons qui nous ont poussés à aller voir ce film. La vérité, c’est que nous avons loupé de peu la séance pour Stoker ce soir là. Deux choix s’offraient alors à nous : découvrir un remake couillu, audacieux et bourré d’idées de mise en scène (Evil Dead) ou passer un gentil moment devant ce téléfilm qui a la chance d’être projeté sur grand écran en ce moment.

Evidemment, nous avons opté pour Mohamed Dubois, pour la simple et bonne raison qu’il ne nous paraissait pas judicieux de sortir en courant de la salle en appelant notre maman à la vue de tous. La prudence est parfois utile pour déguiser la lâcheté. Lâcheté qui est l’un des points communs que nous avons avec le personnage principal du long métrage, Arnaud Bouchouche, français pur souche qui change d’identité lorsqu’il tombe amoureux de Sabrina. Arnaud pense que le seul moyen de la séduire sera de se faire passer pour un arabe.

Les films sur les couples mixtes, ça ne vole pas toujours très haut en France. Si Roschdy Zem avait réalisé l’intéressant Mauvaise foi, Ramzy Bédia et Anne Marivin avaient quant à eux joué dans l’infâme Il reste du jambon ? Au final, on se dit que l’œuvre la plus moderne sur le thème est probablement l’une des premières, Devine qui vient dîner, chef d’œuvre absolu dans lequel s’affrontaient les grands Sidney Poitier et Spencer Tracy.

On ne s’attendait pas à quelque chose de grandiose avec Mohamed Dubois et nous n’avons pas été agréablement surpris. Le long métrage enchaîne les gags clichés, on sourit à certains moments car Ernesto Ona maitrise son sujet mais malheureusement, jamais le film ne déclenche de fous rires. Le problème est que Mohamed Dubois n’est qu’une succession de sketchs qui sont privilégiés par rapport à une histoire qui en devient souvent incohérente. Le montage est parfois catastrophique et la réalisation est souvent faible. On pense à ces incrustations de définitions d’expressions dans l’écran qui manquent de subtilité.

Photo de Sabrina Ouazani, Yusef Hajdi et Eric Judor dans le film Mohamed Dubois. Les trois acteurs discutent et rient ensemble dans une boîte de nuit.

C’est dommage car les intentions sont bonnes et il est vrai que l’on aurait pu avoir un résultat subversif et politiquement incorrect assez rare en France. De plus, on connaît le potentiel comique d’Eric Judor dans des œuvres à contre courant. Il avait déjà effectué un travail remarquable sur Steak et sa série Platane et l’on est convaincu qu’il est l’un des plus doués dans l’Hexagone pour l’humour potache et l’absurde.

L’autre problème de Mohamed Dubois est qu’il délaisse totalement son intrigue romantique au profit d’une histoire d’escroquerie assez banale. Pourtant, Ona avait à sa disposition l’excellente Sabrina Ouazani (La source des femmes) que l’on ne voit que trop peu. Au niveau du propos social, le metteur en scène reste en surface et ne propose aucune situation inédite que ce soit dans les gags ou les enjeux dramatiques. S’il est supérieur à Il reste du jambon ?, Mohamed Dubois manque d’audace pour convaincre et n’est jamais féroce et acerbe avec les discriminations raciales comme Platane pouvait l’être avec le monde du showbusiness.

On aurait peut être mieux fait de perdre notre dignité en allant voir Evil Dead. Lors de notre prochain dilemme cornélien, on n’hésitera pas à choisir la solution la moins évidente, ce qu’oublient parfois de faire les cinéastes français quand ils s’attaquent à un genre qui mérite bien mieux.

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