Critique : Mon pire cauchemar – The Belge Lebowski

Affiche de Mon pire cauchemar d'Anne Fontaine sur laquelle Isabelle Huppert et Benoit Poelvoorde sont assis sur un sofa. Ce dernier est à l'aise alors qu'Huppert parait exaspérée.

Avant chaque visionnage d’une comédie française, on ne peut s’empêcher d’être pris d’un scepticisme inexplicable. Peut être que la raison, c’est qu’après avoir vu L’élève Ducobu, Il reste du jambon, Bienvenue à bord ou Rien à déclarer, on n’a plus envie de subir ça à nouveau, et donc on s’en méfie comme de la peste. Mais étant donné que c’est Anne Fontaine à la réalisation de Mon pire cauchemar, nous étions en droit de nous attendre à quelque chose de supérieur à toutes les daubes évoquées précédemment. En effet, l’artiste avait su révéler Poelvoorde dans un registre inhabituel dans Entre ses mains et avait apparemment réussi son adaptation sur Coco Chanel avec Audrey Tautou, que nous n’avons malheureusement pas eu l’occasion de voir.

Durant les vingt premières minutes, tout se passe bien, on découvre un Benoît Poelvoorde dans la peau d’un beauf poussé à l’extrême qui fait des blagues en dessous de la ceinture lors des réunions parents-profs entre deux gorgées de 8.6 face à une Isabelle Huppert dans un rôle qui lui colle à la peau, celui d’une femme frigide et médisante. Les stéréotypes sont là mais on rigole et c’est déjà pas mal. Le belge se retrouvera par la suite chez elle pour refaire ses travaux, nous montrera sa belle raie et nouera une inévitable relation d’amitié avec cette dame coincée. Puis à la 23ème minute, on se rend compte que la plupart des blagues présentes de la bande annonce ont été faites. Super, on va enfin avoir droit à quelques surprises. Eh non.

Photo de Benoit Poelvoorde et Isabelle Huppert dans le film Mon pire cauchemar. Poelvoorde bricole alors qu'Huppert l'observe.

Voulant aborder un débat sociologique par l’humour, Anne Fontaine corse ses dialogues et ses situations mais on a l’impression qu’elle ne maîtrise pas le sujet et la relation entre les deux protagonistes, de classes sociales différentes, tombe dans la caricature, même si leur complicité laisse place à quelques beaux moments. On regrette également le manque de développement des personnages secondaires, à commencer par ceux d’André Dussolier et Virginie Efira. Cette dernière nous paraît insupportable non pas à cause de son jeu mais à cause de son texte qui lui enlève toute crédibilité. Bruno Podalydès (après Ducobu, ça commence à faire beaucoup Dude !) et Eric Berger (Tanguy, diffusé 34 fois par an sur une grande chaine nationale) sont de la partie. Et comme nous, ils n’ont toujours pas compris pourquoi.

On ne parlera pas de l’aspect social du film, qui dit que les bourgeois, c’est parfois comme les cochons, et que les beaufs ont aussi un cœur et une sensibilité artistique (qui reste cependant très limitée, évidemment), car il énerve plus qu’autre chose. Lorsqu’il prend une tournure plus dramatique, Mon pire cauchemar délaisse l’humour pour l’ennui et ne nous touche pas vraiment. Il y a de bonnes idées et Anne Fontaine est loin d’être une mauvaise dialoguiste mais la relation entre Poelvoorde et son fils manque beaucoup trop d’épaisseur pour nous faire chavirer. C’est dommage, l’interprète du jeune garçon n’était pourtant pas mauvais du tout. Certains passages, comme celui en Belgique, n’aboutissent à rien et l’on assiste à un enchaînement de scènes qui nous amène vers une fin bâclée et plus que prévisible. Mais bon, il fallait bien que ça se termine.

Mon pire cauchemar, c’est comme Brozkinos et les trois quarts des œuvres comiques françaises, ça manque de subtilité et de profondeur. Anne Fontaine retrouvera sans aucun doute une meilleure forme pour son prochain drame. Quant à Isabelle Huppert et Benoît Poelvoorde, malgré leur belle alchimie, ils ne parviennent pas à sauver ce plat réchauffé et inconsistant.

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