Critique : Mud – True Grit

Affiche du film Mud de Jeff Nichols. Nous y voyons Matthew McConaughey au centre de l'affiche marcher dans une forêt, suivi par deux enfants.

Il y a encore deux ans, si vous nous aviez dit que Matthew McConaughey deviendrait l’un des meilleurs acteurs du moment, on vous aurait probablement ri au nez. Et pourtant, vous auriez eu raison. Après une décennie de comédies romantiques mièvres (L’amour de l’or) et de films d’aventure foireux (Sahara), l’acteur s’est relevé de sa traversée du désert, a prouvé qu’il en avait encore sous le capot et qu’il n’était pas qu’un yes man engagé pour sa belle gueule. Tout a commencé avec La défense Lincoln, polar sympathique dans lequel le comédien incarnait un avocat embarqué dans une machination tordue. Puis, il y a eu le choc Killer Joe, le Paperboy de Lee Daniels et Magic Mike de Steven Soderbergh. Dans chacun de ces longs métrages, McConaughey crevait l’écran et volait la vedette à tous ses partenaires. Puis, cette semaine est arrivé Mud, présenté au Festival de Cannes l’an passé, qui est à nos yeux l’une des claques de 2013 dans laquelle McConaughey trouve son meilleur rôle.

Un jour, alors qu’ils errent sur les rives du Mississipi, Ellis et Neckbone rencontrent Mud sur une île abandonnée. Très vite, ils se lient d’amitié avec ce vagabond hors du commun. Mais qui est vraiment Mud ? Pourquoi se cache-t-il dans cette forêt, armé et à l’affût du moindre danger ?

Avec Shotgun Stories et Take Shelter, Jeff Nichols s’est imposé comme l’un des meilleurs cinéastes de sa génération. Et Mud confirme ce sentiment. Le réalisateur nous embarque dans un récit initiatique passionnant. A travers le regard d’un enfant, nous vivons une aventure humaine magnifique, naïve mais toujours subtile. Le réalisateur laisse planer l’ambiguïté sur ses personnages un long moment avant de s’en détacher complètement dans une dernière partie intense durant laquelle nous souhaitons réellement voir les protagonistes s’en sortir.

Si l’on est autant attachés à tous ces individus perdus, c’est parce que Nichols a pris le temps de nous les présenter et nous a fait passer du temps à leur côté. Son film est lent mais jamais contemplatif et Nichols aborde des thèmes qui vont sans doute vous bouleverser et vous retourner. En adoptant le point de vue d’Ellis, l’un des deux enfants, nous redécouvrons tous les travers de l’adolescence et tous les éléments qui transforment un jeune homme en adulte. Comme Stand By Me, le film est centré sur l’amitié et la loyauté que peut avoir un enfant envers un être aimé mais il va encore plus loin puisqu’il s’attarde également sur la relation filiale, la découverte de l’amour et d’autres sentiments puissants.

Photo de Tye Sheridan et Matthew McConaughey dans le film Mud de Jeff Nichols. Les deux acteurs marchent sur une plage et discutent. McConaughey pose sa main sur l'épaule de Sheridan.

Tous ces thèmes complexes sont abordés avec une simplicité impressionnante. En ancrant son récit entre l’Arkansas et le Mississipi, Nichols propose également un propos social sur l’Amérique profonde jamais critique, toujours juste. On n’est pas là pour taper sur les rednecks et les réduire au rang de beauf. Bien au contraire. Les valeurs du long métrage sont universelles et tout le monde, malgré la singularité de l’environnement, pourra s’identifier à ces personnages regorgeant de bonté que l’on prend plaisir à connaître au fur et à mesure.

Mud est comme un roman d’Ernest Hemingway, dur, dangereux mais jamais dénué d’espoir malgré la noirceur apparente. On pense également à Dans la brume électrique pour son ambiance poisseuse et pour la nostalgie qui se dégage de l’œuvre. Et pour clore le tout, Nichols nous offre une séquence éprouvante qui vous laissera scotché à votre fauteuil.

Porté par le jeune Tye Sheridan, qui enchaîne son deuxième chef d’œuvre après The Tree of Life, Mud fait également la part belle à ses seconds rôles, McConaughey en tête. Inquiétant et ambigu, l’acteur aurait mérité le Prix d’Interprétation à Cannes. Sam Shepard (Brothers) reprend le rôle touchant du vieux briscard qui fait figure de paternel. Quant à Reese Witherspoon, on aimerait la voir plus souvent dans ce type de films. Comme dans Walk The Line, il lui suffit d’un regard aimant pour nous convaincre et nous chambouler.

Mud, c’est tout simplement l’un des plus beaux longs métrages vus depuis bien longtemps. Portés par des comédiens en état de grâce, le film délivre un message déchirant auquel vous penserez pendant un petit moment. La voilà, la magie du cinéma.

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