Critique : Ne le dis à personne – La disparue

Affiche du film Ne Le Dis à Personne qui s'apparente à un poster corné sur laquelle nous distinguons la silhouette d'une femme à travers laquelle François Cluzet court à toute allure.

Après quelques jours d’absence durant lesquels nous étions bien trop occupés à admirer les frasques de Frigide Barjot et Nabilla, deux nouvelles égéries qui prouvent qu’en France nos centres d’intérêt sont toujours aussi élevés intellectuellement parlant, nous avons décidé de reprendre un rythme régulier sur le blog de peur que notre cerveau déborde à cause d’un surplus culturel. Pour bien recommencer, nous nous sommes tournés vers un film français qui représente peut être ce que l’on a fait de meilleur dans le cinéma policier hexagonal de ces dernières années, au même titre que le Prophète de Jacques Audiard, certes plus puissant, ou encore les œuvres d’Olivier Marchal (Les lyonnais) ou Fred Cavayé (A bout portant).

Quand on voit que les sorties salles du moment sont Les profs, Des gens qui s’embrassent ou 11,6, on se dit qu’il vaut parfois mieux rester chez soi pour apprécier un bon cru digne de ce nom en attendant L’écume des jours, du génial Gondry, que l’on prédit déjà ici comme une œuvre poétique riche et magnifique qui va nous mettre une sacré claque.

Ne le dis à personne est le second long métrage de Gullaume Canet en tant que réalisateur. Le cinéaste qui dévoilera bientôt Blood Ties, tourné aux Etats Unis, au Festival de Cannes en sélection Hors Compétition adapte ici un roman de Harlan Coben. Là où Canet fait fort, c’est qu’il réussit à s’emparer du récit et à l’ancrer dans un paysage culturel différent. Ne le dis à personne n’est pas qu’une pâle copie de son modèle vendue grâce à son casting et ses deux séquences spectaculaires. Le film est bourré d’idées de mise en scène ingénieuses qui lui donnent un rythme prenant et sans temps mort.

Photo de Gilles Lellouche dans le film Ne le dis à personne de Guillaume Canet. L'acteur est dans sa voiture et semble regarder quelqu'un à travers sa vitre.

Avec une galerie de personnages aussi large, Canet aurait pu se perdre et en oublier. Même si Alexandre (François Cluzet), tourmenté lorsqu’il découvre que sa femme morte huit ans auparavant refait son apparition, est le protagoniste central de cette machination complexe, Canet offre à ses seconds rôles des séquences parfois brèves mais suffisantes pour dévoiler la profondeur de tous les personnages. Jean Rochefort (Vincent, François, Paul et les autres) n’a besoin que de cinq minutes pour nous prendre aux tripes. Lorsqu’il nous immerge dans le quotidien de François Berléand (Mon Idole) ou Gilles Lellouche (Les petits mouchoirs), Canet prouve qu’il maitrise parfaitement son sujet et qu’il aime ses acteurs. Le plus petit rôle, c’est lui qui le tient et même s’il est loin d’être insignifiant, cela démontre néanmoins que l’artiste n’hésite pas à s’effacer pour mieux mettre en valeur ses partenaires.

Ne le dis à personne est une montée en pression progressive au climax surprenant. Les révélations sont amenées brillamment et ce qui nous plaît, c’est que le parcours d’Alex n’est pas fait que de courses-poursuites effrénées et les enjeux dramatiques secouent le spectateur autant que les coups de feu. Canet est à l’aise dans tous les registres et l’on connaît le côté romantique de l’homme, qui signe ici des passages touchants où les silences et les regards sont révélateurs de nombreux sentiments.

Il y a pas mal de choses que l’on n’apprécie pas chez cette bande de potes qui tournent souvent ensemble et l’on n’entrera pas dans les détails car Voici le fait très bien pour nous. En tout cas, Ne le dis à personne est l’exception qui confirme la règle et qu’on ne peut que saluer. Plus mâture, plus rythmé, plus attachant que Mon idole et Les petits mouchoirs, ce long métrage confirme que l’on peut faire de l’action à la française quand on y met du cœur.

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Une réponse à Critique : Ne le dis à personne – La disparue

  1. Lucie telrose dit :

    fantastique ! Merci pour cette belle découverte !!

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